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Itans des Orixás

Les Itans d’Iemanjá

La mère des eaux, la protectrice de l’Orí et la force de l’océan

Les itans d’Iemanjá parlent de maternité, de protection et de continuité, mais ils révèlent aussi une force capable de poser ses limites, de défendre la vie et de transformer le monde.

Iemanjá est associée aux eaux, à la fécondité et à la protection de la famille. Dans les traditions afro-brésiliennes, elle est devenue l’une des grandes figures de l’océan, tout en conservant son lien profond avec la maternité et la préservation de la vie.

Ses récits ne présentent pas une mère passive. Iemanjá soigne, nourrit et protège, mais elle refuse également l’humiliation, réagit lorsque les eaux sont offensées et reconnaît la valeur de ceux qui ont été rejetés. Sa maternité se manifeste autant dans l’enfantement que dans l’accueil et la responsabilité.

Odoyá Iemanjá !

Les récits présentés

Itan d’Iemanjá

Iemanjá aide Olodumare à organiser le monde

Au commencement, Olodumare se trouvait seul au milieu d’un univers encore informe, rempli de feu, de vapeurs et de matières sans ordre. Rien ne possédait encore la place que nous lui connaissons aujourd’hui.

Les eaux apparurent et commencèrent à refroidir la matière brûlante. Elles enveloppèrent progressivement la Terre et rendirent possible l’organisation du monde.

Olokum reçut le domaine des eaux profondes et mystérieuses. Iemanjá demeura plus près de la surface et des rivages, à l’endroit où l’eau rencontre la terre et où la vie peut commencer à se développer.

Avec Olodumare, elle contribua à contenir les forces du feu. Aganju reçut alors la puissance des volcans et des profondeurs ardentes. Les cendres issues de cette rencontre fertilisèrent la terre, permettant à la végétation d’apparaître sous la garde d’Ossain.

Iemanjá parcourut ensuite le monde. Ses eaux dessinèrent des rivières, des cascades et des lagunes. Les eaux douces furent confiées à Oxum, tandis qu’Iemanjá continua d’assurer la circulation et la continuité des eaux.

Lorsque la Terre fut prête à accueillir la vie, Obatalá put façonner les êtres humains. Le monde ne naquit donc pas d’une seule force, mais de la rencontre du feu, de l’eau, de la terre et de la volonté créatrice.

Ce que cet itan peut nous enseigner : la création est une œuvre d’équilibre. L’eau d’Iemanjá ne détruit pas le feu : elle le contient afin que la terre puisse devenir fertile. La vie apparaît lorsque des forces différentes trouvent leur juste place.

Itan d’Iemanjá

Iemanjá fuit Okerê et rejoint l’océan

Iemanjá avait nourri de nombreux enfants. À force de les allaiter, sa poitrine était devenue très généreuse. Certains se moquaient de son corps et elle décida de quitter Ifé pour commencer une nouvelle vie.

Elle rencontra Okerê, roi d’une autre terre, qui souhaita l’épouser. Iemanjá accepta à une condition : il ne devrait jamais ridiculiser sa poitrine ni l’humilier à cause de son apparence. Okerê lui en fit la promesse.

Pendant un temps, ils vécurent ensemble sans difficulté. Mais un jour, Okerê rentra ivre et, emporté par la colère, prononça les paroles qu’il avait juré de ne jamais dire.

Iemanjá comprit que la promesse avait été brisée. Elle quitta immédiatement la maison et prit la route de l’océan.

Sa mère Olokum lui avait autrefois remis un récipient contenant une force protectrice, en lui demandant de ne l’utiliser qu’en cas de grand danger. Iemanjá le brisa contre le sol. Une rivière puissante jaillit et l’emporta vers la mer.

Okerê voulut empêcher sa fuite. Il se transforma en une montagne immense afin de barrer le passage des eaux.

Iemanjá appela Xangô à son secours. Xangô lança sa foudre contre la montagne et l’ouvrit en deux. Les eaux purent poursuivre leur chemin et rejoindre l’océan.

Iemanjá retrouva ainsi le vaste domaine marin. Elle y devint la grande mère des eaux, libre de l’homme qui avait trahi sa parole.

Ce que cet itan peut nous enseigner : aimer et prendre soin ne signifie pas accepter l’humiliation. Iemanjá impose une limite claire et s’éloigne lorsque celle-ci est franchie. La rivière qui surgit sous ses pas représente le chemin qu’elle crée pour retrouver sa liberté.

Itan d’Iemanjá

Iemanjá soigne Oxalá et devient la protectrice des têtes

Lorsque Olodumare distribua les domaines et les responsabilités entre les Orixás, chacun reçut une fonction particulière. Iemanjá fut chargée de prendre soin de la maison d’Oxalá et de veiller sur ses nombreux enfants.

Elle accomplissait chaque jour un travail immense. Elle nourrissait, protégeait et organisait la vie de tous, mais personne ne semblait reconnaître la valeur de ce qu’elle faisait.

Fatiguée, Iemanjá commença à se plaindre de sa condition. Ses paroles et sa souffrance finirent par atteindre Oxalá lui-même. Son Orí fut profondément affecté et il tomba malade.

Iemanjá ne l’abandonna pourtant pas. Elle prit soin de lui, rafraîchit sa tête et demeura auprès de lui jusqu’à ce qu’il retrouve ses forces.

Oxalá comprit alors que la présence d’Iemanjá était indispensable. Il demanda à Olodumare de lui accorder une responsabilité à la hauteur de son dévouement.

Iemanjá devint ainsi la protectrice des têtes.

Dans la pensée yorùbá et dans les traditions du Candomblé, l’Orí ne désigne pas seulement la tête physique. Il est lié à l’identité, à la conscience, au chemin personnel et au destin de chaque être humain.

Veiller sur la tête signifie donc protéger ce qu’une personne possède de plus intime : son équilibre, ses choix et la direction de sa vie.

Ce que cet itan peut nous enseigner : le soin est une force essentielle et mérite d’être reconnu. Iemanjá reçoit la garde des têtes parce qu’elle a démontré sa capacité à préserver la vie, à rétablir l’équilibre et à protéger ce qui donne une direction à l’existence.

Itan d’Iemanjá

Iemanjá crée les vagues et rend aux humains ce qui n’appartient pas à la mer

Lorsque les êtres humains commencèrent à vivre près de la mer, ils profitèrent de ses eaux, de ses poissons et de tout ce qu’elle leur offrait.

Mais ils finirent par oublier le respect qu’ils lui devaient. Ils jetèrent dans l’océan leurs déchets, leurs saletés et tout ce dont ils ne voulaient plus. Certains crachaient même dans les eaux d’Iemanjá comme si la mer pouvait tout recevoir sans jamais réagir.

Iemanjá se rendit auprès d’Olodumare et lui exposa la situation. Elle ne voulait plus conserver dans son domaine ce que les humains y abandonnaient sans considération.

Olodumare entendit sa plainte et lui accorda le mouvement des vagues.

Depuis ce jour, la mer avance vers la terre puis se retire continuellement. Les vagues rapportent sur le rivage ce qui n’appartient pas aux eaux, rappelant aux humains que l’océan n’est pas un lieu où l’on peut tout rejeter.

La mer accueille, nourrit et protège, mais elle possède également ses limites. Ce que l’on lui impose injustement peut revenir vers celui qui l’y a déposé.

Ce que cet itan peut nous enseigner : la nature n’est pas une possession humaine. Elle répond à nos actes et nous rend les conséquences de ce que nous lui faisons subir. Respecter les eaux d’Iemanjá, c’est préserver l’une des sources indispensables à toute vie.

Itan d’Iemanjá et d’Obaluaê

Iemanjá recueille Obaluaê sur la plage

Obaluaê, fils de Nanã, vint au monde le corps couvert de plaies. Incapable de supporter la souffrance et l’apparence de son enfant, Nanã l’abandonna près de la mer, espérant que les eaux décideraient de son destin.

Seul sur la plage, l’enfant fut encore blessé par les crabes qui vivaient dans le sable. Ses cris finirent par parvenir jusqu’à Iemanjá.

En découvrant Obaluaê presque sans forces, elle le prit dans ses bras et refusa de le laisser mourir. Elle nettoya ses blessures avec l’eau salée, le nourrit et prit soin de lui avec patience.

Iemanjá le protégea également du regard des autres tandis que son corps guérissait. Obaluaê grandit ainsi auprès d’elle et devint le puissant Orixá associé à la terre, aux maladies, à la guérison et au renouvellement de la vie.

Plus tard, Iemanjá le conduisit auprès de Nanã. Obaluaê reconnut alors qu’il possédait deux mères : celle qui lui avait donné naissance et celle qui l’avait recueilli, soigné et élevé.

Obaluaê pardonna à Nanã, mais il n’oublia jamais Iemanjá ni les soins qu’elle lui avait prodigués. Le lien qui les unissait ne reposait pas sur le sang, mais sur l’amour, la protection et la vie préservée.

Ce que cet itan peut nous enseigner : la maternité ne dépend pas uniquement de la naissance. Elle se manifeste aussi dans l’accueil, le soin et la volonté de préserver une vie que les autres avaient abandonnée. Iemanjá reconnaît la valeur d’Obaluaê avant même que le monde puisse percevoir sa puissance.

Ce que nous transmettent les Itans d’Iemanjá

À travers ces récits, Iemanjá apparaît comme une puissance créatrice, protectrice et souveraine.

Ses eaux participent à l’organisation du monde et rendent la terre féconde. Lorsqu’Okerê rompt sa promesse, elle refuse l’humiliation et crée son propre chemin vers la liberté. En soignant Oxalá, elle reçoit la protection de l’Orí. Par les vagues, elle rappelle aux humains que la nature possède des limites. En recueillant Obaluaê, elle révèle enfin qu’une mère est aussi celle qui accueille, soigne et aide un être à accomplir son destin.

La maternité d’Iemanjá ne doit donc pas être réduite à la douceur ou à l’obéissance. Elle contient une force capable de protéger, d’éduquer, de réparer et de résister. Elle nourrit la vie, mais elle sait également repousser ce qui la menace ou la déshonore.

Ses itans nous enseignent à respecter les eaux, à reconnaître le travail de ceux qui prennent soin des autres et à ne pas abandonner une personne à cause de son apparence ou de ses blessures.

Odoyá Iemanjá !

Sources et traditions consultées

  • Pierre Fatumbi Verger, Lendas Africanas dos Orixás, illustrations de Carybé, Éditions Corrupio, Salvador.
  • Reginaldo Prandi, Mitologia dos Orixás, Companhia das Letras, São Paulo, 2001.
  • Études consacrées aux relations entre Iemanjá, Oxalá et l’Orí dans les traditions afro-brésiliennes.
  • Versions afro-brésiliennes du récit d’Okerê, de la rivière et du retour d’Iemanjá vers l’océan.
  • Récits relatifs à la naissance des vagues et au respect dû aux eaux d’Iemanjá.
  • Versions racontant l’abandon d’Obaluaê par Nanã, son accueil et son éducation par Iemanjá.
  • Traditions orales et variantes transmises dans différentes maisons de Candomblé.

Les itans appartenant à une tradition orale vivante, leurs versions peuvent varier selon les pays, les nations et les maisons de Candomblé. Les récits présentés ici sont des adaptations françaises fondées sur les sources citées.

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