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Itans des Orixás

Les Itans de Nanã Buruku

La mémoire des origines et le mystère du retour

Les itans de Nanã Buruku nous conduisent vers les temps les plus anciens, lorsque la matière humaine n’avait pas encore reçu sa forme et que les limites entre la naissance, la mort et le monde ancestral étaient encore en train de s’établir.

Nanã est associée aux eaux immobiles, aux marécages et à la boue primordiale. Cette boue porte un double mystère : elle est la matière dont le corps peut être façonné, mais aussi celle à laquelle il retourne lorsque son existence dans l’Aiyê prend fin.

Ses récits parlent de création et de retour, de maternité, de protection, de secrets confiés et de limites qui ne doivent pas être franchies. Ils rappellent que la vie ne peut être comprise sans reconnaître le temps, les ancêtres et la mémoire dont chaque être humain est l’héritier.

Salubá Nanã !

Les récits présentés

Itan de Nanã et d’Oxalá

Nanã offre sa boue pour créer l’humanité

Aux premiers temps du monde, Olorun confia à Oxalá la mission de façonner les êtres humains.

Oxalá chercha longtemps la matière qui lui permettrait d’accomplir cette tâche. Il essaya différents éléments, mais aucun ne convenait. Certaines formes étaient trop fragiles, d’autres trop dures, et toutes se brisaient avant de pouvoir recevoir la vie.

Nanã observait ses efforts. Elle connaissait les profondeurs des eaux immobiles et le secret de la terre mêlée à l’eau. Elle entra dans son domaine et en retira une boue souple et fertile.

Elle remit cette matière à Oxalá afin qu’il puisse poursuivre son œuvre. Oxalá modela alors le corps humain avec la boue de Nanã. Il façonna ses membres, son visage et tout ce qui devait lui permettre de vivre dans l’Aiyê.

Lorsque la forme fut achevée, Olorun lui donna le souffle de vie.

Ainsi, l’être humain put se lever et parcourir le monde. Mais puisque son corps avait été formé avec la matière appartenant à Nanã, il fut établi qu’un jour cette matière devrait lui être rendue.

À la naissance, la boue devient un corps capable de recevoir la vie. À la mort, le corps se défait et retourne à la terre. Nanã demeure ainsi présente aux deux extrémités du passage humain : dans la matière qui permet la venue au monde et dans celle qui accueille le retour.

Ce que cet itan peut nous enseigner : aucune existence n’est séparée de la nature dont elle provient. Le corps nous est confié pour un temps et finit par retourner à la matière originelle. L’itan enseigne également que la création naît de la coopération : Nanã offre la matière, Oxalá lui donne une forme et Olorun lui transmet le souffle de vie.

Itan de Nanã, Omulu et Oxumarê

Nanã protège Omulu et élève Oxumarê vers le ciel

On raconte que Nanã eut deux fils dont les apparences étaient profondément différentes.

Omulu portait sur son corps les marques de la maladie. Nanã savait que le regard des autres pouvait devenir cruel et que son fils risquait d’être rejeté ou tourné en dérision.

Elle le couvrit alors de fibres et de pailles afin de dissimuler ses blessures et de le protéger des moqueries. Sous ce vêtement, Omulu conserva son mystère. Ceux qui ne voyaient que son apparence ne pouvaient connaître l’immense pouvoir qu’il portait en lui.

Oxumarê possédait, quant à lui, une beauté éclatante. Toutes les couleurs semblaient se rejoindre en lui et sa présence unissait ce qui paraissait opposé.

Nanã l’éleva très haut dans le ciel afin que le monde entier puisse contempler sa beauté. Oxumarê y apparut comme un grand arc coloré reliant la Terre et le ciel.

Les deux frères reçurent ainsi des places différentes. L’un fut couvert afin que son secret soit préservé, tandis que l’autre fut élevé pour que ses couleurs puissent être admirées de tous.

Pourtant, la valeur d’Omulu ne se trouvait pas diminuée par ce qui restait caché. Derrière la paille demeurait le maître des transformations, capable de connaître la maladie comme la guérison, la fragilité comme le renouvellement.

Ce que cet itan peut nous enseigner : la valeur d’un être ne dépend pas de son apparence. Ce qui est montré attire facilement l’admiration, mais ce qui demeure caché peut porter une puissance tout aussi grande. Protéger une fragilité ne signifie pas nier sa valeur : cela peut aussi permettre à une force profonde de se développer à l’abri du jugement.

Itan de Nanã, Oxalá et des Eguns

Nanã, Oxalá et le secret des Eguns

Lorsque Olorun confia à Nanã et à Oxalá une part de la création de l’humanité, leurs fonctions furent liées, mais elles ne devinrent pas identiques.

Nanã possédait la boue primordiale avec laquelle les corps pouvaient être formés. Elle gardait également les secrets de la génération et veillait sur le mystérieux domaine des Eguns.

Oxalá désirait connaître ces mystères. Il offrit des présents à Nanã et gagna progressivement sa confiance. Nanã accepta de lui révéler une partie de ce qui lui avait été confié, mais le domaine des Eguns demeurait interdit.

Un jour, tandis que Nanã travaillait la terre et la boue, Oxalá revêtit certains de ses vêtements et pénétra sans permission dans ce royaume réservé.

Nanã remarqua la disparition de ses vêtements et comprit ce qui s’était produit. Elle referma aussitôt le passage, empêchant Oxalá de repartir comme il était entré.

Dans ce domaine, Oxalá rencontra un Egun enveloppé de tissus, mais dépourvu de visage et de voix. Avec du charbon, il lui traça un visage. Puis, par la puissance de son souffle, il lui donna la parole.

Nanã porta l’affaire devant Olorun. Dans cette version de l’itan, Olorun reconnut que chacun avait manqué à sa responsabilité. Nanã avait révélé une partie d’un secret qui lui avait été confié, tandis qu’Oxalá avait franchi les limites d’un domaine auquel il n’avait pas reçu l’autorisation d’accéder.

Tous deux durent alors assumer les conséquences de leurs actes. Le lien entre la matière du corps, le souffle qui l’anime et l’esprit ancestral fut établi, mais chacun de ces mystères conserva ses règles, ses limites et ses gardiens.

Ce que cet itan peut nous enseigner : le savoir sacré implique une grande responsabilité. Le désir de connaître ne donne pas le droit de franchir toutes les limites, et la confiance ne doit pas conduire à révéler ce qui nous a été confié. Le récit rappelle aussi que le corps, le souffle de vie et l’esprit ancestral appartiennent à des mystères complémentaires sans être confondus.

Ce que nous transmettent les Itans de Nanã

Les récits de Nanã parlent d’un temps antérieur aux outils, aux royaumes et aux conquêtes. Ils nous ramènent à la matière élémentaire dans laquelle la vie prend forme et vers laquelle elle retourne.

La boue de Nanã ne représente pas seulement la fin du corps. Elle est aussi une matière féconde, capable de recevoir une forme et de participer à la création. Naissance et mort ne sont donc pas présentées comme deux réalités entièrement séparées, mais comme des passages appartenant à un même cycle.

À travers Omulu et Oxumarê, les itans montrent que Nanã est également liée aux contrastes. Elle protège ce qui est blessé et caché, tout en élevant vers le ciel ce qui manifeste la couleur, le mouvement et le renouvellement.

Son lien avec les Eguns rappelle enfin que la mort ne signifie pas l’effacement de toute mémoire. Les ancêtres demeurent dans un domaine qui possède ses propres règles et qui exige respect, mesure et responsabilité.

Nanã nous enseigne que tout vient en son temps. Certaines choses doivent naître, d’autres mûrir, et d’autres encore retourner à la terre afin que le cycle puisse continuer.

Salubá Nanã !

Sources et traditions consultées

  • Reginaldo Prandi, Mitologia dos Orixás, Companhia das Letras, São Paulo.
  • Pierre Fatumbi Verger, travaux consacrés aux Orixás et aux traditions religieuses yorùbás et afro-brésiliennes.
  • Récits de la création dans lesquels Nanã remet la boue primordiale à Oxalá afin que le corps humain puisse être façonné.
  • Traditions relatives à Omulu couvert de paille et à Oxumarê élevé dans le ciel pour que ses couleurs soient contemplées.
  • Versions afro-brésiliennes du récit de Nanã, Oxalá et du domaine des Eguns.
  • Traditions orales et variantes transmises dans différentes maisons de Candomblé.

Les itans appartenant à une tradition orale vivante, leurs versions peuvent varier selon les pays, les nations et les maisons de Candomblé. Les récits présentés ici sont des adaptations françaises fondées sur les sources citées.

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