Les itans d’Obá parlent de courage, de connaissance, de fidélité et des blessures provoquées par la tromperie. Ils montrent une Orixá capable d’affronter les plus grands guerriers, mais dont la sincérité peut aussi être utilisée contre elle.
Obá est une Orixá guerrière, courageuse et déterminée. Elle est associée aux eaux agitées des rivières, à la force qui permet d’affronter l’adversité, mais aussi aux blessures provoquées par la trahison, la jalousie et l’amour lorsqu’il conduit à s’oublier soi-même.
Certains récits la présentent comme une fille d’Obatalá et comme l’une des premières épouses de Xangô. D’autres traditions l’associent à la société féminine Elekô, placée sous l’autorité de femmes guerrières. Obá apparaît ainsi comme une femme indépendante, capable de combattre, de commander et de rivaliser avec les plus puissants Orixás.
Elle ne doit cependant pas être réduite à l’histoire de son oreille ou à l’image d’une épouse jalouse. Les itans montrent aussi une combattante redoutable, une chasseuse, une enseignante et une femme profondément loyale. Sa force est immense, mais son cœur sincère peut la rendre vulnérable aux tromperies.
Obá Xirê !
Les récits présentés
Itan d’Obá et d’Ogum
Obá affronte les Orixás et rencontre Ogum
Obá était connue pour sa force et son courage. Elle aimait le combat et ne reculait devant aucun adversaire.
Elle affronta plusieurs Orixás et réussit à vaincre certains des plus respectés, parmi lesquels Oxóssi, Orunmilá, Oxumarê, Obaluaê et même Exu.
Sa réputation grandissait et beaucoup hésitaient désormais à se mesurer à elle. Ogum, maître du fer, des armes et de la guerre, voulut cependant l’affronter.
Lors de leur premier combat, Obá se montra plus forte. Ogum comprit qu’il ne pourrait pas la vaincre uniquement par la puissance de ses armes. Il consulta alors l’oracle afin de savoir comment retourner la situation en sa faveur.
Il lui fut conseillé de préparer une offrande contenant notamment du maïs et du gombo. Cette préparation fut répandue sur le lieu où devait se dérouler leur prochain affrontement. Lorsque le combat commença, le sol était devenu extrêmement glissant.
Obá s’élança avec toute sa force, mais ses pieds se dérobèrent. Elle tomba et Ogum put alors prendre le dessus.
Profitant de sa chute, il lui imposa son pouvoir et une union qu’elle n’avait pas choisie.
Certaines versions anciennes présentent ensuite Ogum comme le premier époux d’Obá. Mais cette partie du récit conserve surtout la mémoire d’une violence : une défaite au combat ne peut jamais être considérée comme un consentement.
Ce que cet itan peut nous enseigner : la force physique et le courage ne protègent pas toujours contre la ruse. Ogum ne parvient à vaincre Obá qu’en préparant le terrain et en utilisant une stratégie. Le récit nous rappelle également qu’une victoire ne donne aucun droit sur le corps ou la volonté d’une autre personne. Obá demeure une guerrière, même lorsqu’elle est vaincue. Sa chute n’efface ni sa dignité ni les victoires qu’elle avait remportées auparavant.
Itan d’Obá et d’Oxóssi
Obá et Oxóssi partagent leurs connaissances
Après avoir quitté Ogum, Obá poursuivit seule son chemin. Elle arriva dans les terres d’Ifé et entra dans une forêt où elle aperçut un cerf.
Obá était une combattante expérimentée, mais elle ne maîtrisait pas encore parfaitement l’art de la chasse. Elle tenta plusieurs fois d’atteindre l’animal, sans y parvenir.
Oxóssi, qui observait la scène, reconnut immédiatement sa bravoure. Il ne se moqua pas d’elle et ne chercha pas à lui prouver sa supériorité.
Il s’approcha et lui montra comment suivre les traces laissées sur le sol, écouter les bruits de la forêt et attendre le moment juste avant de lancer sa flèche.
Il lui enseigna le maniement de l’ofá, l’arc du chasseur, ainsi que la patience nécessaire pour poursuivre le gibier sans se laisser emporter par la précipitation.
Obá apprit rapidement. En échange, elle transmit à Oxóssi ce qu’elle connaissait du combat rapproché. Elle lui enseigna à manier l’épée et le bouclier, à se défendre lorsque l’ennemi se trouvait trop près et à ne pas abandonner ses armes sous l’effet de la peur.
Une grande complicité naquit entre eux. Leur lien ne reposait ni sur la domination ni sur la rivalité. Chacun possédait un savoir que l’autre ne maîtrisait pas encore, et tous deux acceptèrent de devenir tour à tour enseignant et élève.
Ils se séparèrent finalement avec respect, chacun emportant une partie du savoir de l’autre.
Ce que cet itan peut nous enseigner : même la personne la plus forte ne connaît pas tout. Reconnaître ce que l’on doit encore apprendre ne diminue pas notre valeur. Obá et Oxóssi ne cherchent pas à se dominer. Leur rencontre est fondée sur la réciprocité : le chasseur transmet les secrets de la forêt, tandis que la guerrière enseigne l’art du combat. Le véritable partage des connaissances permet à chacun de repartir mieux préparé et plus complet.
Itan d’Obá, d’Oxum et de Xangô
Obá coupe son oreille, trompée par Oxum
Obá et Oxum vivaient toutes deux auprès de Xangô. Elles cherchaient chacune à obtenir son attention et son affection. Obá était courageuse et dévouée, mais elle voyait bien que Xangô semblait particulièrement sensible au charme d’Oxum.
Obá voulut connaître le secret de sa rivale. Elle lui demanda comment elle parvenait à préparer des plats que Xangô appréciait autant.
Oxum décida de la tromper. Elle plaça des champignons dans la nourriture qu’elle préparait et couvrit ses oreilles avec un tissu. Lorsque Obá lui demanda ce qu’elle avait mis dans le plat, Oxum prétendit avoir coupé ses propres oreilles pour les offrir à Xangô.
Obá crut ses paroles. Pensant qu’un sacrifice semblable lui permettrait de gagner définitivement l’amour de Xangô, elle coupa l’une de ses oreilles et la plaça dans le repas qu’elle lui destinait.
Mais lorsque Xangô découvrit ce qu’elle avait fait, il fut horrifié et la repoussa. Oxum retira alors son tissu et montra que ses deux oreilles étaient intactes.
Obá comprit qu’elle avait été trompée. Blessée dans son corps, dans son amour et dans sa dignité, elle se jeta sur Oxum. Leur affrontement fut si violent que Xangô intervint dans une grande colère et les poursuivit en faisant éclater la foudre.
Obá et Oxum prirent la fuite et furent transformées en rivières. Depuis ce jour, lorsque leurs eaux se rencontrent, elles s’agitent et se heurtent comme si leur ancienne querelle se poursuivait encore.
Ce que cet itan peut nous enseigner : ce récit ne doit pas servir à présenter Obá comme une femme naïve ou simplement jalouse. Il parle surtout de la souffrance d’une personne amenée à croire qu’elle doit se mutiler ou renoncer à elle-même pour mériter l’amour. L’amour ne devrait jamais exiger la disparition d’une partie de notre identité. L’itan met aussi en garde contre la manipulation et rappelle que certaines blessures doivent être reconnues avant de pouvoir retrouver leur équilibre.
Itan d’Obá et de Xangô
Obá et le cheval blanc de Xangô
Obá occupait une place importante dans la maison de Xangô. Elle prenait soin de ses affaires et veillait à ce que rien ne lui manque.
Un jour, elle lui offrit un magnifique cheval blanc. Xangô aimait beaucoup cet animal, qui devint son compagnon de voyage et de bataille.
Plus tard, Xangô partit pour une longue campagne en compagnie d’Oiá. Les mois passèrent sans qu’il revienne. Obá, inquiète et se sentant abandonnée, consulta Orunmilá afin de savoir ce qu’elle devait faire.
L’oracle lui prescrivit une offrande comprenant un iruquerê, un chasse-mouches rituel confectionné avec une queue de cheval.
Obá chargea Eleguá de lui procurer ce qui était nécessaire. Mais, influencé par Oxum, Eleguá choisit de couper la queue du cheval blanc que Xangô aimait tant.
La blessure fut profonde et l’animal mourut après avoir perdu son sang. Obá ne comprit pas immédiatement toute la portée de ce qui venait de se produire. Elle accomplit l’offrande en pensant respecter la parole de l’oracle.
Lorsque Xangô revint, il chercha son cheval et apprit sa mort. Puis il reconnut la queue de l’animal dans l’objet rituel conservé chez Obá.
Xangô entra dans une terrible colère. Il ne voulut entendre ni les explications d’Obá ni la manière dont elle avait été trompée. Il la chassa et rompit leur union.
Obá se retrouva une nouvelle fois victime d’une manipulation, alors même qu’elle croyait agir correctement.
Ce que cet itan peut nous enseigner : une intention sincère ne suffit pas toujours à empêcher les conséquences d’un acte. Avant d’accomplir une action importante, il faut aussi comprendre comment elle sera réalisée et s’assurer que ceux qui interviennent ne détournent pas son objectif. Le récit rappelle la responsabilité des intermédiaires et nous invite à ne pas condamner trop rapidement sans écouter toutes les personnes concernées.
Ce que nous transmettent les Itans d’Obá
Les itans d’Obá racontent une vie faite de combats, d’apprentissages, de fidélité et de blessures profondes.
Elle peut vaincre les plus grands guerriers, mais elle peut aussi être atteinte par la ruse et la manipulation. Ses récits ne disent pas que la force consiste à ne jamais tomber. Ils montrent qu’une personne peut être trompée, rejetée ou blessée sans perdre pour autant sa valeur.
Obá ne doit pas être enfermée dans l’image de l’épouse jalouse qui coupe son oreille. Elle est aussi une combattante, une chasseuse, une enseignante et une gardienne de sa propre dignité.
Sa rencontre avec Oxóssi montre que la puissance peut s’accompagner d’humilité et de partage. Ses affrontements rappellent que la victoire obtenue par la ruse ne fait pas disparaître la valeur de la personne vaincue. Ses blessures enseignent qu’il ne faut pas s’effacer ou se détruire pour obtenir l’amour.
Ses eaux sont tumultueuses parce qu’elles portent la mémoire de ses combats. Elles avancent avec force et ne se laissent ni immobiliser ni dominer.
Obá Xirê !
Sources et traditions consultées
Pierre Fatumbi Verger, Lendas Africanas dos Orixás, illustrations de Carybé, Éditions Corrupio, Salvador.
Reginaldo Prandi, Mitologia dos Orixás, Companhia das Letras, São Paulo.
Récits consacrés aux combats d’Obá et à sa rencontre avec Ogum.
Traditions afro-brésiliennes consacrées à l’amitié et au partage des connaissances entre Obá et Oxóssi.
Variantes du récit de l’oreille d’Obá et de la rencontre des rivières Obá et Oxum.
Récits consacrés au cheval blanc de Xangô et à l’iruquerê demandé à Obá.
Traditions orales et variantes transmises dans différentes maisons de Candomblé.
Les itans appartenant à une tradition orale vivante, leurs versions peuvent varier selon les pays, les nations et les maisons de Candomblé. Les récits présentés ici sont des adaptations françaises fondées sur les sources citées.