Centre Spirite Oxóssi Caçador
CSOC ASBL Foi · Nature · Discipline · Respect
Itans des Orixás

Les Itans d’Obaluaê et d’Omulu

Le Seigneur de la Terre, de la maladie et de la guérison

Les itans d’Obaluaê et d’Omulu parlent de maladie, de guérison, de rejet, d’accueil et de transformation. Ils montrent comment celui qui a connu l’abandon et la souffrance devient une puissance capable de protéger les communautés et de rappeler aux humains la fragilité de la vie.

Obaluaê, Omulu, Xapanã et Sapatá sont des noms appartenant à des traditions dont les histoires se sont rencontrées entre l’Afrique et le Brésil. Dans de nombreuses maisons, ils désignent une même grande puissance ou différents aspects de celle-ci. D’autres traditions établissent des distinctions entre Obaluaê, Omulu et les Voduns liés à Sapatá.

Une explication très répandue au Brésil présente Obaluaê comme une forme plus jeune et Omulu comme une manifestation plus ancienne. Cette interprétation est importante dans certaines maisons, mais elle ne constitue pas une règle universelle. Nous emploierons donc les noms utilisés dans chaque itan sans imposer une classification unique.

Obaluaê est le « Roi et Seigneur de la Terre ». Il est lié à la terre chaude, aux maladies, aux épidémies, à la guérison et aux transformations qui conduisent de la souffrance vers le renouvellement. Sa puissance rappelle que le même principe peut provoquer un mal ou contribuer à le retirer.

Les vêtements de paille qui le recouvrent protègent son mystère. Ils ne doivent pas seulement être considérés comme un moyen de cacher des blessures : ils marquent également une frontière entre ce qui peut être regardé et ce qui doit demeurer voilé.

Son xaxará représente sa capacité à éloigner la maladie, à nettoyer les communautés et à conduire vers la terre ce qui doit être transformé.

Atotô, Obaluaê !

Les récits présentés

Itan d’Omulu, de Nanã et d’Iemanjá

Iemanjá recueille Omulu sur la plage

Selon l’un des récits les plus connus au Brésil, Omulu naquit avec le corps couvert de blessures.

Nanã, effrayée par l’état de l’enfant et ne sachant pas comment le sauver, le déposa au bord de la mer. Elle l’abandonna à son destin, pensant que la marée l’emporterait.

L’enfant demeura sur la plage, exposé au soleil, au sable et aux animaux qui vivaient près de l’eau. Ses blessures s’aggravèrent et il semblait condamné.

Iemanjá aperçut alors le nouveau-né abandonné. Elle le recueillit, nettoya son corps avec l’eau de la mer et prit soin de lui comme s’il était son propre fils.

Peu à peu, ses blessures se refermèrent. Elles laissèrent cependant des marques sur son corps.

Pour le protéger du soleil, des regards et de la cruauté des personnes qui auraient pu le rejeter, Iemanjá le couvrit. Dans certaines versions, elle lui confectionna elle-même un vêtement protecteur ; dans d’autres, la paille lui fut donnée plus tard par Ogum.

Omulu grandit ainsi sous la protection d’Iemanjá. Celle qui l’avait trouvé presque sans vie lui avait rendu la possibilité de marcher dans le monde.

Ce que cet itan peut nous enseigner : cet itan nous parle d’une maternité fondée sur les actes et non uniquement sur la naissance. Iemanjá reconnaît une vie à protéger là où d’autres ne voyaient plus qu’un être condamné. Les blessures d’Omulu ne disparaissent pas nécessairement sans laisser de traces. Sa guérison ne consiste donc pas à effacer son passé, mais à transformer ce qu’il a traversé en connaissance et en puissance. Le récit nous rappelle également que l’apparence d’une personne ne permet pas de connaître sa valeur, son avenir ni ce qu’elle pourra un jour apporter aux autres.

Itan d’Omulu, du xaxará et de la guérison

Omulu guérit la peste et reçoit le nom d’Obaluaê

Alors qu’il était encore jeune, Omulu quitta la maison où il avait grandi et partit seul à la découverte du monde.

Il traversa plusieurs villes et proposa de travailler, mais personne ne voulut l’engager. Son apparence inquiétait et les habitants détournaient le regard. Même lorsqu’il demanda simplement de l’eau ou de la nourriture, beaucoup refusèrent de l’aider.

Seul un chien demeura auprès de lui.

Omulu finit par se retirer dans la forêt. Il apprit à survivre grâce à ce qu’elle lui offrait, mais les épines et les insectes couvrirent son corps de nouvelles blessures. Son chien léchait ses plaies et lui apportait la seule consolation qu’il recevait encore.

Une nuit, Omulu entendit une voix lui annoncer que le temps de l’épreuve était terminé. Il devait désormais se relever et prendre soin des peuples.

À son réveil, la fièvre avait disparu et ses blessures étaient refermées.

Durant son séjour dans la forêt, Omulu avait appris à reconnaître les remèdes de la nature et les moyens de soulager les malades. Il rassembla ce dont il avait besoin et reprit sa route.

Une terrible épidémie ravageait alors les villages. Là où Omulu arrivait, il soignait les habitants et empêchait la maladie de se répandre. Avec son xaxará, il chassait symboliquement le mal hors des maisons et des communautés.

Il revint finalement dans la terre de ses parents, également touchée par la peste. Malgré les souffrances qu’il avait connues, Omulu ne refusa pas de les aider. Il soigna ses parents et les habitants de la région.

Tous reconnurent alors en lui un grand guérisseur. Ils le saluèrent sous le nom d’Obaluaê, le Roi et Seigneur de la Terre.

Ce que cet itan peut nous enseigner : Omulu acquiert une partie de sa connaissance en traversant lui-même l’abandon, la maladie et la solitude. Sa souffrance ne devient cependant pas une justification pour faire souffrir les autres. Lorsqu’il reçoit le pouvoir de guérir, il ne le réserve pas à ceux qui l’avaient bien accueilli. Il soigne également les personnes qui l’avaient autrefois rejeté. L’itan ne prétend pas que toute souffrance est nécessaire ni qu’elle doit être recherchée. Il montre plutôt qu’une épreuve peut être transformée en compréhension, et que la connaissance véritable prend toute sa valeur lorsqu’elle sert à protéger la communauté.

Itan de Xapanã et du roi du Dahomey

Xapanã guérit le roi du Dahomey

Un jour, Xapanã arriva dans les terres du Dahomey, où régnait un roi connu pour sa dureté et son manque de compassion.

Le souverain avait fait souffrir son peuple et pensait que son pouvoir le plaçait au-dessus des conséquences de ses actes.

Mais une épidémie atteignit le royaume. Le roi tomba gravement malade et aucun de ses guérisseurs ne parvint à le soulager.

Lorsqu’il apprit que Xapanã se trouvait dans la région, il le fit appeler. Devant celui que tous redoutaient comme le maître des maladies, le souverain abandonna son orgueil. Il s’inclina et demanda pardon pour les injustices qu’il avait commises.

Xapanã accepta de lui venir en aide.

Olofin envoya alors la pluie. L’eau frappa la terre et creusa un profond trou aux pieds du roi. Symboliquement, la terre reçut les fautes et les mauvaises actions qu’il avait reconnues.

Le roi fut délivré de la maladie. Mais sa guérison l’obligeait désormais à gouverner autrement : il ne pouvait pas demander que son corps soit sauvé tout en continuant à détruire la vie des autres.

Xapanã fut honoré dans ces terres comme Obaluaê, le Seigneur de la Terre, capable de retirer la maladie aussi bien que de rappeler aux puissants qu’ils ne sont pas invulnérables.

Ce que cet itan peut nous enseigner : le pouvoir matériel ne protège ni de la maladie ni des conséquences de nos décisions. Lorsque le roi tombe malade, il découvre une vulnérabilité commune à tous les êtres humains. Demander la guérison implique ici de reconnaître le mal causé aux autres. Le pardon ne consiste pas à faire disparaître silencieusement le passé : il ouvre la possibilité d’un changement. L’itan nous enseigne ainsi que la guérison du corps ne peut pas toujours être séparée de la manière dont une personne utilise sa position, traite les plus fragiles et assume ses responsabilités.

Itan d’Omulu, d’Ogum et d’Iansã

Ogum et Iansã accueillent Omulu à la fête

Une grande fête réunissait les Orixás. Tous étaient vêtus de leurs plus beaux habits et dansaient au son des tambours.

Omulu arriva entièrement couvert de paille. Craignant les réactions provoquées par son apparence, il resta à l’écart et observa la fête depuis l’extérieur.

Certains Orixás l’avaient aperçu, mais aucun ne l’invitait à entrer.

Ogum remarqua sa solitude. Il s’approcha de lui et l’aida à se couvrir d’un vêtement de paille qui protégeait son corps et son visage. Il l’accompagna ensuite à l’intérieur afin qu’il puisse participer à la célébration.

Malgré cela, les autres hésitaient encore à danser avec Omulu.

Iansã fut la seule à s’avancer. Sans craindre ce qui se trouvait sous les vêtements de paille, elle l’invita à danser.

À mesure qu’Iansã tournait autour de lui, ses mouvements soulevaient un vent de plus en plus puissant. Les fibres de son vêtement se mirent à voler et les blessures d’Omulu se détachèrent de son corps.

Elles se transformèrent en une pluie de fleurs blanches semblables à du maïs éclaté. Lorsque le vent se calma, les personnes présentes découvrirent un homme rayonnant là où elles n’avaient voulu voir qu’une apparence inquiétante.

Reconnaissant envers Iansã, Obaluaê partagea avec elle son autorité sur le monde des morts. Elle devint Oiá Igbalé, celle qui accompagne et conduit les Eguns.

Ce que cet itan peut nous enseigner : Ogum commence par ouvrir un passage. Iansã accomplit ensuite ce que les autres n’osaient pas faire : elle s’approche d’Omulu et danse avec lui sans exiger qu’il prouve d’abord qu’il mérite sa présence. Son vent ne cherche pas à arracher brutalement un secret. Il manifeste une transformation et permet aux autres de voir au-delà de leur peur. Ce récit nous rappelle que l’exclusion repose souvent sur ce que les personnes imaginent sans connaître. Il enseigne également qu’un accueil véritable ne consiste pas seulement à autoriser quelqu’un à entrer, mais à lui reconnaître une place au sein de la communauté.

Ce que nous transmettent les Itans d’Obaluaê et d’Omulu

Les itans d’Obaluaê et d’Omulu ne séparent jamais complètement la maladie de la guérison, la souffrance de la transformation ni la terre qui reçoit les morts de celle qui nourrit les vivants.

Recueilli par Iemanjá, Omulu apprend que l’abandon ne décide pas définitivement de la valeur d’une existence.

Rejeté par les villages, il acquiert une connaissance qu’il choisit ensuite de mettre au service de ceux qui souffrent.

Face au roi du Dahomey, il rappelle que la guérison demande parfois la reconnaissance des fautes et un véritable changement de conduite.

Accueilli par Ogum et Iansã, il montre enfin que ce que les autres considèrent comme une honte peut cacher une force immense.

Obaluaê n’est donc pas uniquement celui que l’on craint lorsqu’une maladie apparaît. Il est aussi celui qui connaît les chemins du rétablissement, qui accompagne les grandes transformations et qui enseigne le respect devant la fragilité de la vie.

Atotô, Obaluaê !

Sources et traditions consultées

  • Pierre Fatumbi Verger, Orixás — Deuses Iorubás na África e no Novo Mundo, Éditions Corrupio, Salvador.
  • Reginaldo Prandi, Mitologia dos Orixás, Companhia das Letras, São Paulo.
  • Traditions consacrées à l’abandon d’Omulu par Nanã et à son accueil par Iemanjá.
  • Récits relatifs au voyage d’Omulu, à la guérison de la peste et au titre d’Obaluaê.
  • Variantes relatives à Xapanã, au roi du Dahomey et au pouvoir de guérison du Seigneur de la Terre.
  • Itans reliant Ogum, Iansã et Obaluaê lors de la fête des Orixás.
  • Traditions orales et variantes transmises dans différentes nations et maisons de Candomblé.

Les itans appartenant à une tradition orale vivante, leurs versions peuvent varier selon les pays, les nations et les maisons de Candomblé. Les récits présentés ici sont des adaptations françaises fondées sur les sources citées. Les noms Obaluaê, Omulu, Xapanã et Sapatá ne sont pas organisés de la même manière dans toutes les traditions.

← Retour à Obaluaê / Omulu Découvrir tous les itans →