Centre Spirite Oxóssi Caçador
CSOC ASBL Foi · Nature · Discipline · Respect
Itans des Orixás

Les Itans d’Ossain

Le maître des feuilles et des secrets de la nature

Les itans d’Ossain, également écrit Ossaim, nous conduisent au cœur de la forêt, dans un monde où chaque feuille possède une identité, une fonction et une force particulière.

Ossain ne connaît pas seulement les plantes qui guérissent. Il sait aussi lesquelles apaisent, fortifient, purifient, protègent ou mettent certaines forces en mouvement. Il connaît le moment où elles doivent être prélevées, la manière de les préparer et les paroles qui permettent d’éveiller leur axé.

Une feuille ne devient donc pas sacrée uniquement parce qu’elle appartient à une espèce particulière. Son origine, son état, l’intention de celui qui la prélève, sa préparation et les paroles prononcées participent également à son action.

La tradition rappelle ainsi : « Kò sí ewé, kò sí Orixá », c’est-à-dire : « Sans feuille, il n’y a pas d’Orixá. » Dans la tradition Angola, le domaine des feuilles et de leurs secrets est notamment associé à Katendê.

Ewé ó, Ossain !

Les récits présentés

Itan d’Ossain, de Xangô et d’Iansã

Ossain demeure le maître du secret des feuilles

Olodumare avait confié à Ossain le secret des feuilles.

Ossain savait reconnaître celles qui apportaient le calme et celles qui redonnaient de la vigueur. Il connaissait les plantes capables de favoriser la chance, la santé, la protection ou la réussite.

Mais il connaissait aussi celles qui pouvaient provoquer la confusion, la maladie ou le malheur lorsqu’elles étaient employées sans connaissance.

Les autres Orixás ne possédaient pas encore ce savoir. Lorsqu’ils avaient besoin d’une préparation, d’un bain, d’un remède ou d’une composition rituelle, ils devaient s’adresser à Ossain.

Xangô supportait difficilement cette dépendance. Il estimait que les feuilles ne devaient pas rester sous l’autorité d’un seul Orixá et qu’elles devaient être partagées.

Il demanda alors à Iansã, maîtresse des vents, de l’aider.

Ossain conservait ses feuilles les plus précieuses dans une calebasse suspendue à une branche d’Iroko. Iansã déchaîna une violente tempête. Le vent secoua les arbres, arracha des branches et fit tomber la calebasse.

Lorsque celle-ci se brisa, les feuilles furent emportées dans toutes les directions.

Les Orixás se précipitèrent pour les recueillir. Chacun s’empara de certaines feuilles, qui furent désormais associées à son domaine et à son axé.

Xangô pensa alors que le pouvoir d’Ossain venait d’être partagé entre tous.

Mais posséder une feuille ne suffisait pas.

Ossain connaissait encore le nom véritable de chaque plante, ses propriétés, ses dangers, les associations possibles et les paroles qui devaient accompagner sa préparation.

Sans cette connaissance, les feuilles ramassées ne pouvaient révéler toute leur puissance.

Ossain accepta que chaque Orixá possède désormais ses propres feuilles. Pourtant, il conserva la connaissance profonde de leurs vertus et des ofós, les paroles capables d’éveiller leur axé.

Depuis ce jour, les Orixás disposent des feuilles qui leur correspondent, mais Ossain demeure honoré chaque fois qu’elles sont prélevées et préparées.

Ce que cet itan peut nous enseigner : posséder une chose ne signifie pas nécessairement en comprendre la nature. La connaissance exige du temps, de l’observation et de la transmission. L’itan rappelle également que les feuilles ne sont pas de simples objets que l’on peut employer sans discernement. Leur prélèvement et leur préparation demandent du respect, une intention précise et la connaissance de ce que l’on souhaite accomplir.

Itan d’Ossain et d’Orunmilá

Ossain refuse de détruire les plantes miraculeuses

Dans un ancien récit, Ossain fut vendu à Orunmilá.

Orunmilá possédait un terrain couvert de végétation qu’il voulait transformer en champ. Il demanda à Ossain de couper les herbes et de débarrasser la terre de toutes les plantes qui l’envahissaient.

Ossain prit ses outils et partit accomplir le travail.

Mais lorsqu’il entra dans le champ, il examina attentivement les végétaux qui l’entouraient.

Il reconnut une feuille capable d’apaiser une douleur. Un peu plus loin, il aperçut une plante qui pouvait faire tomber la fièvre. Une autre entrait dans la préparation d’un bain protecteur. Certaines pouvaient soigner les blessures, tandis que d’autres éloignaient les influences nuisibles.

Plus Ossain avançait, plus il découvrait que les prétendues mauvaises herbes possédaient une utilité.

À la fin de la journée, il rentra auprès d’Orunmilá sans avoir défriché le terrain.

Orunmilá lui demanda pourquoi il n’avait pas exécuté son ordre.

Ossain lui expliqua qu’il lui avait été impossible de détruire des plantes aussi précieuses. Il lui décrivit les propriétés de chacune et les préparations que l’on pouvait en tirer.

Orunmilá comprit alors qu’Ossain possédait une connaissance rare.

De nombreuses personnes venaient consulter Orunmilá afin de connaître l’origine de leurs difficultés et les moyens de rétablir leur équilibre. Cependant, l’oracle pouvait indiquer un problème sans toujours fournir à lui seul la préparation végétale nécessaire pour accompagner la personne.

Orunmilá décida donc de conserver Ossain auprès de lui.

Pendant les consultations, Orunmilá révélait ce qui était caché et indiquait la conduite à suivre. Ossain choisissait ensuite les feuilles et préparait ce qui pouvait contribuer au rétablissement de l’équilibre.

Ainsi commença leur collaboration.

Orunmilá connaissait les chemins du destin. Ossain connaissait les forces présentes dans les feuilles. Leurs savoirs étaient différents, mais ils pouvaient se compléter.

Ce que cet itan peut nous enseigner : ce qui semble inutile peut renfermer une grande valeur pour celui qui sait l’observer. Ossain refuse de détruire avant de comprendre. Son attitude nous enseigne à regarder la nature avec attention et à ne pas considérer comme insignifiant ce dont nous ignorons encore l’utilité. Le récit montre également qu’aucun savoir ne suffit toujours à lui seul.

Itan d’Ossain

Ossain vient danser à la fête des hommes

Il fut un temps où les Orixás semblaient ne plus répondre correctement aux demandes des êtres humains.

Tout ce qui leur était demandé paraissait produire le résultat contraire. Les hommes ne savaient plus comment se faire entendre ni comment rétablir leur relation avec le monde des Orixás.

Ils décidèrent alors d’organiser des fêtes en leur honneur. Chaque semaine, un Orixá différent serait célébré par des chants, des rythmes et des danses.

Un babalaô les avertit qu’une surprise viendrait du monde des Orixás.

Lorsque arriva la fête consacrée à Ossain, un étranger apparut. Il était vêtu avec noblesse et avançait sur le dos d’une antilope.

Les hommes ne le reconnurent pas. Ils remarquèrent qu’il ne possédait qu’une seule jambe, mais ne se moquèrent pas de lui et ne lui refusèrent pas l’entrée. Son allure indiquait qu’il s’agissait d’un visiteur important.

Ils l’accueillirent avec respect, lui firent visiter les lieux et lui racontèrent les difficultés qu’ils rencontraient dans leurs relations avec les Orixás.

La fête reprit ensuite.

L’étranger se mit à danser avec une énergie extraordinaire. Les heures passèrent, les participants se fatiguèrent les uns après les autres, mais le mystérieux visiteur semblait ne jamais devoir s’arrêter.

Après avoir dansé pendant toute la nuit, il entendit son antilope prendre la parole.

Elle lui annonça que le moment était venu de repartir.

L’homme monta sur son animal et s’éloigna, laissant les participants stupéfaits d’avoir entendu une antilope parler.

Ce n’est qu’après son départ qu’ils comprirent que l’étranger venu danser parmi eux était Ossain.

Ossain aimait passer inaperçu et se présenter là où personne ne l’attendait. Il avait accepté leur hospitalité, participé à leur fête et écouté leurs difficultés sans jamais révéler son identité.

Les hommes espérèrent alors qu’après avoir entendu leurs paroles, Ossain porterait leurs demandes auprès des autres Orixás.

Ce que cet itan peut nous enseigner : le sacré peut se présenter sous une apparence inattendue. Celui que personne ne reconnaît mérite pourtant d’être accueilli avec respect. Ossain, habituellement retiré dans la forêt, montre également qu’il reste proche des êtres humains lorsqu’ils l’honorent avec sincérité.

Itan d’Ossain et d’Orunmilá

Ossain et Orunmilá opposent le Remède à l’Offrande

Avec le temps, une rivalité apparut entre Ossain et Orunmilá.

Ossain considérait que ses remèdes et ses préparations lui donnaient une place essentielle. Orunmilá affirmait que la connaissance du destin et l’accomplissement de l’offrande indiquée par l’oracle devaient précéder toute autre intervention.

Le roi Ajalayé entendit parler de leur désaccord. Il voulut savoir lequel des deux détenait le pouvoir le plus important.

Il convoqua Ossain et Orunmilá, accompagnés chacun de leur fils.

Le fils d’Ossain se nommait Remède. Celui d’Orunmilá se nommait Offrande. Dans cet itan, les deux fils représentent les pouvoirs défendus par leurs pères.

Le roi ordonna que Remède et Offrande soient placés dans deux fosses distinctes pendant sept jours. À la fin de l’épreuve, les juges appelleraient chacun d’eux. Celui qui répondrait le premier ferait reconnaître la supériorité du savoir de son père.

Avant le commencement de l’épreuve, Orunmilá consulta Ifá.

L’oracle lui demanda d’accomplir une offrande. Orunmilá suivit les indications reçues et déposa ce qui avait été préparé aux endroits prescrits.

Grâce à cette offrande, un lapin creusa un passage souterrain jusqu’à la fosse où se trouvait Offrande. Il lui apporta de quoi survivre pendant les sept jours.

Remède possédait, quant à lui, des talismans qui lui permirent également d’agir sur la terre. Il parvint à ouvrir un passage entre sa propre fosse et celle d’Offrande.

Lorsqu’il découvrit que son compagnon possédait de la nourriture, il lui demanda de partager.

Offrande hésita. S’il nourrissait Remède, celui-ci pourrait survivre et répondre à l’appel des juges. Ossain serait alors déclaré vainqueur.

Remède lui promit qu’en échange de la nourriture, il garderait le silence lorsque son nom serait appelé.

Offrande accepta le marché et partagea ce qu’il avait reçu.

Au terme des sept jours, les juges appelèrent d’abord Remède.

Remède entendit son nom, mais respecta sa promesse et ne répondit pas. Les juges pensèrent qu’il n’avait pas survécu.

Ils appelèrent ensuite Offrande, qui répondit immédiatement d’une voix forte.

Lorsque les fosses furent ouvertes, tous découvrirent que Remède était lui aussi vivant. Ossain lui demanda pourquoi il était resté silencieux.

Remède raconta alors qu’il avait survécu grâce à la nourriture partagée par Offrande et qu’il avait donné sa parole en échange.

« L’Offrande ne laisse pas parler le Remède. »

Dans la logique religieuse de l’itan, cela signifie que le remède ne peut pas toujours agir seul. Il faut d’abord identifier l’origine du déséquilibre, écouter l’oracle et accomplir ce qui permet d’ouvrir le chemin.

La victoire d’Orunmilá ne rend pourtant pas le savoir d’Ossain inutile. Sans le Remède, une partie du travail resterait inachevée. Le récit établit un ordre et une complémentarité entre la consultation, l’offrande et l’action des feuilles.

Ce que cet itan peut nous enseigner : la connaissance doit être accompagnée d’une action appropriée. Il ne suffit pas de posséder un remède si l’on ne comprend pas la situation dans laquelle il doit être employé. Le récit enseigne également la valeur de la parole donnée. Enfin, cet itan appartient à une tradition religieuse et ne doit pas être compris comme une opposition aux soins médicaux.

Ce que nous transmettent les Itans d’Ossain

Les itans d’Ossain montrent que la nature ne livre pas immédiatement ses secrets.

Une personne peut voir une forêt remplie de plantes sans savoir reconnaître ce qu’elle contient. Une autre peut connaître le nom d’une feuille sans comprendre comment, quand ou pourquoi elle doit être employée.

Ossain représente cette connaissance acquise par l’observation, l’expérience et la transmission.

Lorsque les feuilles sont dispersées, les autres Orixás en reçoivent une part. Pourtant, Ossain demeure indispensable parce qu’il conserve la compréhension de leurs vertus et des paroles qui accompagnent leur utilisation.

Lorsqu’il refuse de défricher le champ d’Orunmilá, il enseigne que l’on ne doit pas détruire ce que l’on n’a pas pris le temps de connaître.

Lorsqu’il vient danser incognito parmi les êtres humains, il rappelle que le sacré ne se présente pas toujours sous la forme que nous attendons.

Enfin, sa rivalité avec Orunmilá montre que la connaissance des remèdes, la consultation et l’accomplissement des prescriptions rituelles ne doivent pas nécessairement s’opposer. Chaque savoir intervient à un moment différent.

Les feuilles peuvent nourrir, apaiser, purifier et rétablir l’équilibre. Elles peuvent aussi devenir dangereuses lorsqu’elles sont employées sans connaissance. Le pouvoir d’Ossain exige donc autant de prudence que de respect.

Ewé ó, Ossain !

Sources et traditions consultées

  • Pierre Fatumbi Verger, Lendas Africanas dos Orixás, illustrations de Carybé, Éditions Corrupio, Salvador.
  • Reginaldo Prandi, Mitologia dos Orixás, Companhia das Letras, São Paulo.
  • Récits relatifs à la dispersion des feuilles par les vents d’Iansã.
  • Traditions consacrées à la rencontre d’Ossain et d’Orunmilá.
  • Versions dans lesquelles Ossain vient danser incognito à la fête des êtres humains.
  • Récits de la rivalité entre le Remède et l’Offrande.
  • Traditions orales et variantes transmises dans différentes maisons de Candomblé.

Les itans appartenant à une tradition orale vivante, leurs versions peuvent varier selon les pays, les nations et les maisons de Candomblé. Les récits présentés ici sont des adaptations françaises fondées sur les sources citées.

← Retour à Ossain Découvrir tous les itans →