Centre Spirite Oxóssi Caçador
CSOC ASBL Foi · Nature · Discipline · Respect
Itans des Orixás

Les Itans d’Oxóssi

La flèche juste, la connaissance et la subsistance du peuple

Les itans d’Oxóssi parlent de la chasse, mais celle-ci ne doit pas être comprise uniquement comme la poursuite d’un animal. Chasser signifie rechercher ce qui est nécessaire, reconnaître les signes, avancer dans l’inconnu et rapporter à la communauté ce qui lui permettra de vivre.

Oxóssi est le maître des forêts, le grand pourvoyeur et celui qui sait concentrer toute son attention vers un objectif. Sa flèche représente la précision, la détermination et la capacité d’atteindre ce que d’autres ne parviennent pas à saisir.

Ses récits montrent également que le chasseur ne se construit jamais complètement seul. Ogum lui enseigne à se défendre et à ouvrir les chemins. Sa mère et la consultation de l’oracle participent à sa victoire contre l’oiseau des Ìyámi. Ossain lui fait découvrir une autre dimension de la forêt et Oxum l’accompagne vers la royauté de Ketu.

Okê Arô !

Les récits présentés

Itan d’Oxóssi

Ogum enseigne à Oxóssi l’art de la chasse

Oxóssi était le frère d’Ogum. Le grand guerrier lui portait une affection particulière et veillait sur lui lorsqu’il partait combattre loin de leur village.

Un jour, alors qu’Ogum revenait d’une longue bataille, il découvrit que des ennemis avaient envahi les terres de son peuple. Une grande partie du village avait déjà été détruite. Oxóssi, encore inexpérimenté, se trouvait encerclé et ne savait pas comment protéger sa famille.

Ogum était épuisé, mais il rassembla les forces qui lui restaient. Il tira son épée et combattit les envahisseurs jusqu’au lever du jour.

Après la victoire, Ogum s’assit auprès de son frère. Il lui expliqua qu’il ne pourrait pas toujours revenir de la guerre pour le défendre. Oxóssi devait apprendre à reconnaître les dangers, à se déplacer dans la forêt et à protéger lui-même ceux qui dépendaient de lui.

Ogum lui enseigna alors à ouvrir les chemins dans les bois les plus épais. Il lui montra comment observer les traces, écouter les bruits de la forêt et avancer sans révéler sa présence.

Il lui apprit également à manier l’arc et la flèche. Oxóssi découvrit que la réussite d’une chasse ne dépendait pas seulement de la force. Elle exigeait de la patience, du silence, une observation attentive et une parfaite maîtrise du geste.

Avec le temps, Oxóssi devint un chasseur exceptionnel. Il ne chassait pas pour satisfaire son orgueil, mais pour nourrir et protéger son peuple.

Ogum put alors repartir vers les chemins et les batailles. Il savait que son frère était désormais capable de prendre soin de la communauté.

Ogum demeura le grand guerrier et Oxóssi devint le grand chasseur. Ensemble, ils représentaient deux forces complémentaires : celle qui ouvre le chemin et celle qui découvre ce qu’il contient.

Ce que cet itan peut nous enseigner : la connaissance s’acquiert par la transmission. Ogum ne se contente pas de sauver son frère : il lui enseigne comment ne plus rester sans défense. Oxóssi transforme ensuite cet apprentissage en une responsabilité envers tout son peuple.

Itan d’Oxóssi

Oxóssi, le tireur d’une seule flèche, abat l’oiseau des Ìyámi

Chaque année, à l’époque de la récolte des nouvelles ignames, le roi Olofin organisait une grande célébration dans la ville d’Ifé.

Personne ne devait manger les nouvelles ignames avant cette fête. Le jour venu, le roi s’installa dans la cour de son palais, entouré de sa famille, de ses ministres et de ses serviteurs. Les tambours résonnaient tandis que le peuple partageait la nourriture et le vin de palme.

Mais les Ìyámi, puissances maternelles ancestrales, n’avaient pas été invitées à la célébration. Offensées d’avoir été oubliées, elles envoyèrent un immense oiseau se poser sur le toit du palais.

L’animal était si grand que ses ailes semblaient couvrir toute la cour. La fête s’interrompit et la peur se répandit parmi les invités.

Le roi fit appeler les meilleurs chasseurs du royaume.

Le premier arriva avec vingt flèches. Il les lança toutes sans parvenir à atteindre l’oiseau. Le deuxième se présenta avec quarante flèches, mais il échoua également. Le troisième possédait cinquante flèches et se vantait de ne jamais manquer sa cible. Pourtant, aucune d’elles ne toucha l’animal.

Arriva enfin Oxotokanxoxô, le chasseur qui ne possédait qu’une seule flèche.

Lorsqu’elle apprit que son fils allait affronter l’oiseau, sa mère consulta le babalaô. L’oracle lui révéla que son enfant se trouvait entre la mort et une grande destinée. Une offrande devait être présentée afin que le danger puisse se transformer en victoire.

La mère accomplit ce qui lui avait été conseillé. Elle demanda aux puissances offensées d’accepter son geste et de protéger son fils.

Au même instant, Oxotokanxoxô plaça son unique flèche sur son arc. Il resta immobile, observa longuement l’oiseau et attendit que le moment juste se présente.

Lorsque l’animal se pencha pour recevoir l’offrande, sa protection se relâcha. Le chasseur tira.

La flèche atteignit l’oiseau en plein cœur.

La menace disparut et la fête put reprendre. Les habitants célébrèrent celui qui avait réussi avec une seule flèche là où d’autres en avaient lancé des dizaines.

Le nom d’Oxotokanxoxô fut alors associé à celui d’Oxóssi, le chasseur devenu célèbre et respecté par le peuple.

Sa victoire ne reposait pourtant pas uniquement sur son adresse. Elle avait été rendue possible par la vigilance de sa mère, la consultation de l’oracle et la reconnaissance des puissances qui avaient été oubliées.

Ce que cet itan peut nous enseigner : posséder davantage de moyens ne garantit pas la réussite. Une seule action accomplie avec préparation, précision et au moment juste peut valoir davantage que des dizaines de tentatives désordonnées. L’itan rappelle également qu’aucune fête ni aucune communauté ne doit oublier les puissances ancestrales qui participent à son équilibre.

Itan d’Oxóssi

Oxóssi et les secrets de la forêt d’Ossain

Oxóssi vivait auprès de sa mère Iemanjá et de son frère Ogum. Ogum cultivait la terre, tandis qu’Oxóssi rapportait le gibier de la forêt. Grâce à leur travail, la maison ne manquait de rien.

Un jour, Iemanjá fut saisie par un mauvais pressentiment. Elle consulta le babalaô, qui lui annonça qu’un danger attendait Oxóssi dans la forêt. Ossain, le maître des feuilles et des préparations végétales, pourrait l’y retenir.

Iemanjá demanda donc à son fils de ne plus partir chasser.

Mais Oxóssi ne pouvait imaginer sa vie loin des bois. La forêt était le lieu de son travail, de sa liberté et de sa connaissance. Malgré les avertissements de sa mère, il reprit son arc et partit une nouvelle fois.

Au plus profond de la forêt, il rencontra Ossain.

Ossain lui offrit une préparation à boire, puis le baigna avec des compositions de feuilles. Sous leur action, Oxóssi oublia progressivement sa maison et ceux qui l’attendaient. Il resta auprès d’Ossain dans la forêt.

Oxóssi découvrit alors un monde qu’il ne connaissait pas encore. Jusqu’à ce jour, il avait surtout observé les traces des animaux, les chemins et les signes utiles à la chasse. Auprès d’Ossain, il apprit que chaque feuille possédait également une identité, une fonction et un secret.

Pendant ce temps, Ogum partit à la recherche de son frère. Il traversa les chemins les plus difficiles et finit par retrouver Oxóssi. Il le ramena auprès d’Iemanjá.

Cependant, Iemanjá n’avait pas oublié sa désobéissance. Blessée par son départ et par le temps passé sans nouvelles, elle refusa de l’accueillir comme auparavant.

Oxóssi comprit alors qu’il ne retrouverait plus la vie qu’il avait quittée. Il retourna vers la forêt et reprit sa place auprès d’Ossain.

Dans cette version de l’itan, le séjour d’Oxóssi auprès d’Ossain marque une transformation. Le chasseur qui entrait dans la forêt uniquement pour trouver de la nourriture devient aussi celui qui en connaît les feuilles, les forces et les mystères.

Ce que cet itan peut nous enseigner : toute connaissance possède un prix. En choisissant la forêt malgré les avertissements, Oxóssi perd une partie de son ancienne vie, mais accède à une compréhension nouvelle. L’itan explique également pourquoi le chasseur et le maître des feuilles partagent un lien si profond avec le même territoire sacré.

Itan d’Oxóssi

Oxum fait d’Oxóssi le roi de Ketu

Un jour, Oxóssi partit chasser afin de rapporter de la nourriture à son peuple. Les réserves diminuaient et tous comptaient sur son adresse pour éloigner la faim.

En suivant une piste, il arriva près d’une rivière. Il aperçut Oxum dans les eaux douces et fut immédiatement fasciné par sa beauté.

Oxóssi entra dans la rivière pour la rejoindre. Les deux Orixás tombèrent amoureux et le chasseur oublia momentanément la mission qui l’avait conduit jusque-là.

Ses compagnons attendirent longtemps son retour. Lorsqu’ils le retrouvèrent auprès d’Oxum, ils se sentirent abandonnés. Leur peuple avait faim, tandis que celui qui devait assurer sa subsistance avait oublié son devoir.

Emportés par la colère, ils tournèrent leurs arcs contre Oxóssi.

Oxum comprit le danger. Elle se plaça auprès du chasseur et entonna un chant de protection. Grâce à son enchantement, les flèches lancées contre Oxóssi ne purent l’atteindre.

Ils durent cependant quitter les lieux. Oxum guida Oxóssi jusqu’à la ville de Ketu, où ils trouvèrent refuge.

Oxum reconnut en lui bien davantage qu’un simple chasseur. Elle voyait celui qui connaissait la forêt, savait ouvrir de nouveaux territoires et pouvait assurer la subsistance d’une communauté. Elle lui transmit alors le pouvoir de gouverner Ketu.

Oxóssi reçut le titre d’Alaketu et devint le roi de la ville.

Cet itan ne dissimule pas son erreur. Oxóssi avait momentanément oublié ceux qui attendaient son retour. Mais son chemin ne s’arrêta pas à cette faute. Avec l’aide d’Oxum, il reçut une nouvelle responsabilité, plus grande encore que la précédente.

Il ne devait plus seulement rapporter la nourriture d’une chasse. Il devait désormais veiller sur tout un royaume.

Ce que cet itan peut nous enseigner : la royauté n’est pas seulement un honneur. Elle impose de dépasser ses désirs personnels pour prendre soin d’une communauté. L’itan montre également le rôle d’Oxum, qui protège Oxóssi, reconnaît ses capacités et l’accompagne vers une nouvelle étape de son destin.

Ce que nous transmettent les Itans d’Oxóssi

À travers ces récits, Oxóssi apparaît comme un Orixá de recherche, d’apprentissage et de responsabilité.

Ogum lui transmet l’art de se défendre et de nourrir son peuple. Sa mère et l’oracle rendent possible la victoire de sa flèche unique. Ossain lui révèle que la forêt contient bien davantage que le gibier qu’il poursuit. Oxum lui ouvre enfin le chemin de Ketu et de la royauté.

La chasse devient ainsi une image de la vie. Pour atteindre un objectif, il faut observer, connaître son environnement, préparer son geste et éviter de disperser ses forces. Il faut également se souvenir que la réussite individuelle n’a de valeur que lorsqu’elle contribue à la subsistance et à la protection des autres.

Oxóssi ne représente pas l’accumulation. Le chasseur ne prend dans la forêt que ce qui est nécessaire et rapporte sa conquête à la communauté. La véritable abondance n’est donc pas de posséder sans limite, mais de trouver ce qui manque et de savoir le partager.

Sa flèche indique une direction. Elle nous enseigne à choisir un objectif juste, à concentrer nos forces et à avancer avec patience jusqu’au moment d’agir.

Okê Arô !

Sources et traditions consultées

  • Pierre Fatumbi Verger, Lendas Africanas dos Orixás, illustrations de Carybé, Éditions Corrupio, Salvador.
  • Reginaldo Prandi, Mitologia dos Orixás, Companhia das Letras, São Paulo, 2001.
  • Récits consacrés à Oxotokanxoxô et à l’oiseau envoyé par les Ìyámi.
  • Traditions afro-brésiliennes relatives à l’apprentissage d’Oxóssi auprès d’Ogum et à son séjour dans la forêt d’Ossain.
  • Versions racontant l’accession d’Oxóssi au titre d’Alaketu avec la protection d’Oxum.
  • Traditions orales et variantes transmises dans différentes maisons de Candomblé.

Les itans appartenant à une tradition orale vivante, leurs versions peuvent varier selon les pays, les nations et les maisons de Candomblé. Les récits présentés ici sont des adaptations françaises fondées sur les sources citées.

← Retour à Oxóssi Découvrir tous les itans →