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Itans des Orixás

Les Itans d’Oxumarê

Le mouvement, les cycles et l’union du ciel et de la terre

Les itans d’Oxumarê parlent du mouvement qui empêche le monde de demeurer immobile. Ils évoquent la circulation de l’eau, l’alternance des saisons, le renouvellement de la vie, les transformations de l’existence et la prospérité qui doit circuler pour ne pas disparaître.

Oxumarê est représenté à la fois par l’arc-en-ciel et par le serpent. L’arc-en-ciel relie symboliquement la Terre et le ciel, tandis que le serpent rappelle la continuité, le déplacement et le cycle qui recommence sans cesse.

Dans certaines traditions, le serpent d’Oxumarê entoure le monde et contribue à maintenir son unité. Dans les traditions Jeje, son domaine est notamment rapproché de Dan ou Bessém. Dans certaines maisons de nation Angola, cette puissance est associée à Angorô ou Hongolo.

Oxumarê représente également la richesse et la prospérité. Mais ses récits montrent que la véritable abondance n’est jamais entièrement immobile : elle se gagne, se partage, se transforme et doit continuer à circuler.

Arroboboi, Oxumarê !

Les récits présentés

Itan d’Oxumarê

Oxumarê devient riche et respecté

Oxumarê était autrefois un babalaô au service du roi d’Ifé.

Il possédait une grande connaissance de l’oracle, mais le roi ne reconnaissait pas la valeur de son travail. Chaque semaine, Oxumarê se rendait au palais pour accomplir ses consultations et ne recevait en échange qu’une somme insuffisante pour faire vivre sa famille.

Son père avait été connu sous le nom de Seigneur du Châle aux couleurs éclatantes. Malgré ce beau titre, il avait lui aussi vécu sans richesse et sans véritable reconnaissance.

Oxumarê craignait de connaître le même destin.

Il consulta Ifá afin de savoir comment sortir de cette situation et obtenir la prospérité, le respect et la reconnaissance auxquels son savoir aurait dû lui donner droit.

L’oracle lui demanda d’accomplir une offrande comprenant notamment une lame de bronze, des pigeons et des cauris.

Oxumarê commença immédiatement à suivre les recommandations reçues.

Alors qu’il accomplissait l’offrande, le roi envoya un messager pour le faire venir au palais. Oxumarê répondit qu’il s’y rendrait lorsqu’il aurait terminé la cérémonie.

Le roi, peu habitué à devoir attendre, considéra cette réponse comme une offense. Il entra dans une grande colère et refusa même de payer ce qu’il devait encore à Oxumarê.

Peu après, un autre message arriva.

Olokun, souveraine d’un royaume voisin, cherchait quelqu’un capable de l’aider. Son enfant était gravement malade. Malgré l’intervention de plusieurs devins, personne n’avait réussi à trouver une solution.

Oxumarê se rendit auprès d’Olokun et consulta Ifá. Il indiqua l’offrande qui devait être accomplie et contribua au rétablissement de l’enfant.

Reconnaissante, Olokun lui offrit de grandes richesses, un cheval et un magnifique vêtement bleu.

Oxumarê retourna à Ifé avec les présents qu’il avait reçus. Lorsqu’il se présenta devant le roi, celui-ci fut stupéfait de voir l’ancien babalaô pauvre arriver avec autant de dignité et de richesse.

Oxumarê lui raconta comment Olokun avait reconnu son savoir et l’avait récompensé.

Le roi ne voulut pas paraître moins généreux qu’elle. Il offrit à son tour à Oxumarê un précieux vêtement rouge ainsi que de nombreux présents.

Celui que l’on avait longtemps négligé devint ainsi riche et respecté.

Ce que cet itan peut nous enseigner : la valeur d’un savoir ne dépend pas de la manière dont une seule personne choisit de le considérer. Oxumarê demeure fidèle à la consultation et accomplit l’offrande indiquée, même lorsque le roi exige sa présence. L’itan rappelle aussi qu’il arrive qu’une personne ne soit pas reconnue là où elle a toujours servi. Son savoir peut pourtant être respecté ailleurs et finir par transformer sa situation.

Itan d’Oxumarê et d’Olodumare

Oxumarê dessine l’arc-en-ciel et demeure dans le ciel

Oxumarê possédait une lame de bronze avec laquelle il traçait de grands mouvements en direction du ciel.

Lorsque la pluie s’installait trop longtemps et menaçait d’inonder la terre, Oxumarê levait sa lame et dessinait un immense arc au-dessus du monde.

À l’apparition de cet arc lumineux, la pluie commençait à s’éloigner.

Les hommes regardaient alors les couleurs se déployer dans le ciel et s’écriaient :

« Oxumarê est apparu ! »

L’arc-en-ciel annonçait que la pluie ne durerait pas éternellement et qu’un nouvel équilibre allait s’établir.

Un jour, Olodumare fut atteint d’un mal qui lui fit perdre la vue.

Il appela Oxumarê auprès de lui. Grâce à sa connaissance, celui-ci parvint à lui rendre la vision.

Olodumare craignit cependant que le mal revienne après le départ d’Oxumarê. Il lui demanda donc de demeurer auprès de lui dans le ciel.

Oxumarê ne put plus retourner définitivement vivre sur la Terre. Il reçut seulement la permission de venir la visiter à certains moments.

Depuis lors, sa présence apparaît dans le ciel sous la forme de l’arc-en-ciel. Celui-ci relie ce qui se trouve en haut à ce qui se trouve en bas et rappelle la circulation de l’eau entre l’Orun et l’Aiyê.

Oxumarê emporte symboliquement l’eau de la Terre vers le ciel, afin qu’elle puisse ensuite revenir sous la forme de pluie. Ce mouvement permet à la végétation de renaître, aux cultures de pousser et au cycle de la vie de se poursuivre.

Ce que cet itan peut nous enseigner : aucune situation ne demeure éternellement identique. La pluie est nécessaire à la vie, mais elle doit elle aussi connaître une limite. L’arc-en-ciel ne supprime pas la pluie qui est tombée : il annonce qu’une nouvelle étape commence. L’itan nous enseigne ainsi que la transformation ne nie pas ce qui s’est produit, mais permet au cycle de continuer.

Itan d’Oxumarê et de Xangô

Oxumarê devient un serpent pour échapper à Xangô

Oxumarê était réputé pour sa grande beauté.

Ses vêtements portaient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et ses bijoux d’or et de bronze brillaient au loin. Beaucoup souhaitaient s’approcher de lui, le séduire ou l’épouser.

Mais Oxumarê était solitaire et ne permettait pas que l’on dispose de lui contre sa volonté.

Un jour, Xangô aperçut Oxumarê traversant le ciel avec ses vêtements colorés et ses bijoux étincelants.

Xangô connaissait sa réputation et savait qu’Oxumarê refusait généralement les avances qui lui étaient faites. Il décida pourtant de l’attirer dans son palais.

Il lui fit transmettre une invitation pour une audience.

Lorsque Oxumarê entra dans la salle du trône, les soldats de Xangô refermèrent les portes et les fenêtres. Oxumarê comprit qu’il avait été enfermé.

Xangô tenta de s’approcher de lui et de le saisir.

Oxumarê se déplaçait rapidement d’un côté à l’autre de la pièce pour lui échapper, mais toutes les sorties avaient été verrouillées.

Ne voyant plus aucun moyen de fuir, il appela Olorun à son secours.

Au moment où Xangô pensait enfin pouvoir l’immobiliser, le corps d’Oxumarê se transforma.

Il devint un serpent.

Surpris et effrayé, Xangô le lâcha immédiatement. Le serpent glissa rapidement sur le sol et découvrit une petite ouverture sous la porte.

Il passa par cette fente et s’échappa du palais.

Oxumarê avait transformé son corps afin de préserver sa liberté.

Lorsque Xangô et Oxumarê devinrent des Orixás, Oxumarê reçut la fonction de transporter l’eau de la Terre vers le palais céleste. Mais Xangô ne put plus jamais s’approcher de lui comme il avait tenté de le faire autrefois.

Ce que cet itan peut nous enseigner : aucune puissance, aucun titre et aucune autorité ne donnent le droit de s’imposer à quelqu’un contre sa volonté. Oxumarê ne possède pas la force guerrière de Xangô, mais il trouve dans la transformation le moyen de se protéger. Savoir s’adapter ne signifie pas se soumettre : la transformation peut aussi devenir une manière de défendre sa dignité, son intégrité et sa liberté.

Itan d’Oxumarê, de Nanã et d’Exu

Oxumarê prend la couronne de Nanã

Oxumarê était un enfant de Nanã.

Dans cette version de l’itan, son destin l’obligeait à changer régulièrement de forme. Pendant une partie du temps, il prenait une apparence redoutable associée au serpent. Pendant une autre, il apparaissait sous les traits d’une femme d’une grande beauté.

Cette alternance faisait d’Oxumarê un être profondément lié à la transformation. Mais il vivait difficilement les conséquences de ces changements.

Lorsqu’une relation semblait enfin devenir stable, sa forme changeait et la personne qui partageait sa vie s’éloignait.

Oxumarê finit par rendre Nanã responsable de son destin.

Un jour, il rencontra Exu et lui confia sa colère. Exu ne chercha pas à l’apaiser. Il nourrit au contraire son ressentiment et lui suggéra que Nanã devait payer pour les difficultés qu’il rencontrait.

Exu lui conseilla de prendre la couronne du peuple Jeje, qui appartenait alors à Nanã.

Oxumarê se rendit au palais de sa mère sous la forme d’un immense serpent. Sa présence provoqua la peur et le désordre parmi ceux qui s’y trouvaient.

Nanã tenta de le raisonner. Elle lui demanda de ne faire de mal à personne et de renoncer à menacer le palais.

Oxumarê refusa de partir sans la couronne.

Afin de protéger son peuple et d’éviter que la situation devienne plus violente, Nanã finit par la lui remettre.

Oxumarê fut alors couronné roi des Jejes.

Ce récit explique l’une des traditions qui associent Oxumarê à l’alternance des formes, aux expressions masculine et féminine, ainsi qu’à une place importante dans les cultes d’origine Jeje.

Il ne présente cependant pas cette conquête comme un acte sans conséquence. Oxumarê obtient la couronne, mais il l’obtient après avoir laissé Exu transformer sa souffrance en conflit avec sa propre mère.

Ce que cet itan peut nous enseigner : une souffrance qui n’est pas comprise peut facilement devenir colère et chercher un responsable. Oxumarê transforme son destin en puissance et accède à la royauté, mais le récit montre aussi le danger de laisser quelqu’un attiser notre ressentiment. L’itan rappelle enfin qu’Oxumarê ne peut pas être enfermé dans une apparence unique : il représente le changement, l’alternance et la coexistence de forces que les êtres humains ont parfois l’habitude d’opposer.

Ce que nous transmettent les Itans d’Oxumarê

Les itans d’Oxumarê parlent d’une puissance qui ne cesse jamais de se transformer.

Le babalaô pauvre devient riche et respecté. La pluie cède la place à l’arc-en-ciel. L’être que Xangô tente d’emprisonner devient un serpent et trouve une issue. L’enfant de Nanã transforme son instabilité en pouvoir royal.

À travers ces récits, Oxumarê apparaît comme le maître du passage d’un état vers un autre.

Son mouvement n’est pourtant pas une fuite permanente. Il assure la continuité du monde. L’eau monte vers le ciel, revient sous la forme de pluie et nourrit de nouveau la terre. La richesse circule. Les saisons se succèdent. Ce qui disparaît sous une forme peut réapparaître sous une autre.

Le serpent et l’arc-en-ciel expriment cette même idée.

Le serpent avance en ondulant, change de peau et se renouvelle. L’arc-en-ciel apparaît entre la pluie et le retour de la lumière. Tous deux montrent que la vie ne progresse pas toujours en ligne droite.

Oxumarê nous enseigne ainsi que le changement n’est pas nécessairement une perte. Il peut être une protection, une libération ou le commencement d’une nouvelle prospérité.

Mais ses récits rappellent aussi que toute transformation doit être accompagnée de conscience. Changer permet d’avancer, mais la souffrance et le ressentiment ne doivent pas conduire à reproduire la violence dont on a soi-même souffert.

Arroboboi, Oxumarê !

Sources et traditions consultées

  • Pierre Fatumbi Verger, Lendas Africanas dos Orixás, illustrations de Carybé, Éditions Corrupio, Salvador.
  • Reginaldo Prandi, Mitologia dos Orixás, Companhia das Letras, São Paulo.
  • Récits dans lesquels Oxumarê exerce la fonction de babalaô auprès du roi d’Ifé et d’Olokun.
  • Traditions associant Oxumarê à la circulation de l’eau entre la Terre et le ciel.
  • Version recueillie auprès de Pai Agenor Miranda Rocha dans laquelle Oxumarê devient un serpent pour échapper à Xangô.
  • Récits consacrés à la couronne de Nanã et à la royauté Jeje d’Oxumarê.
  • Traditions orales et variantes transmises dans différentes maisons de Candomblé.

Les itans appartenant à une tradition orale vivante, leurs versions peuvent varier selon les pays, les nations et les maisons de Candomblé. Les récits présentés ici sont des adaptations françaises fondées sur les sources citées.

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