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Les Exus

Gardiens, chemins, protection et travail dans les forces de la gauche

Parler d’Exu demande d’abord de distinguer deux réalités que le langage courant confond encore souvent : Exu Orixá et les Exus qui travaillent comme entités spirituelles dans l’Umbanda, la Quimbanda et certaines traditions afro-brésiliennes.
Les Exus dans l’Umbanda et la Quimbanda

Fiche technique

Exu Orixá : mouvement, communication et passage

Cette distinction est fondamentale. Exu Orixá n’est pas un Exu incorporé. Exu Orixá appartient au culte des Orixás ; les Exus-entités sont des êtres spirituels possédant leurs propres fonctions, responsabilités, hiérarchies et manières de travailler.

Des correspondances existent entre leurs domaines, notamment autour du mouvement, des chemins, des passages et de la communication, mais cela ne signifie pas qu’ils soient une seule et même réalité.

Exu Orixá est profondément associé au mouvement, à la communication, aux chemins, aux passages et aux échanges.

Dans le Candomblé, il occupe une place fondamentale dans le fonctionnement du rituel. Il est traditionnellement servi avant les autres Orixás, notamment en raison de son rôle dans la circulation, la communication et la transmission entre les différents plans.

Les portes, les chemins, les marchés et les carrefours appartiennent également à sa symbolique : ce sont des lieux où quelque chose circule, se rencontre, se transforme ou change de direction.

Dans notre transmission, Exu est frère d’Ogum et d’Oxóssi. D’autres traditions transmettent des récits différents, comme cela arrive fréquemment avec les itans et les enseignements propres aux différentes lignées.

Exu n’est pas le diable.

L’assimilation d’Exu au démon appartient largement aux interprétations chrétiennes et coloniales qui ont projeté sur les religions africaines une opposition entre Dieu et Satan étrangère à leur propre compréhension religieuse.

Les représentations d’Exu sous la forme d’un personnage rouge avec des cornes, des sabots ou une apparence démoniaque sont largement héritées de cette confusion. Exu ne doit ni être diabolisé, ni transformé en caricature.

Les Exus comme entités spirituelles

Les Exus-entités occupent une place importante dans l’Umbanda et dans différentes traditions de Quimbanda.

Ils sont souvent appelés Gardiens, parce que la garde et la protection font partie de leurs grandes fonctions. Mais Exu ne se résume pas à garder une porte.

Il protège le terreiro, travaille sur ses limites, intervient dans les passages et participe au maintien de l’équilibre du travail spirituel.

Il peut ouvrir un chemin, mais également le fermer. Il peut permettre un passage, mais aussi empêcher ce qui ne doit pas entrer ou poursuivre sa route.

Cette capacité à agir sur les limites, les passages et les mouvements explique en partie son association avec les carrefours, lieux où plusieurs chemins se rencontrent et où une direction doit être choisie.

Le travail dans les zones astrales difficiles

Une des particularités des Exus est leur capacité à travailler dans des zones spirituelles particulièrement lourdes.

Certaines traditions parlent de bas astral pour désigner des régions ou des états spirituels marqués par des charges importantes, des déséquilibres, des obsessions ou la présence d’esprits perturbateurs.

Travailler dans ces régions ne signifie pas qu’Exu appartienne à ces forces. Au contraire, il peut justement intervenir là où d’autres formes de travail spirituel ne s’exercent pas de la même manière.

Exu peut participer au descarrego, c’est-à-dire au nettoyage et à la décharge des fluides et énergies négatives, à la protection, à la désobsession, à la rupture de certaines demandes ou influences spirituelles et au déplacement de charges accumulées.

Il peut également intervenir face à des esprits perturbateurs ou désorientés.

C’est pourquoi il est important de ne pas confondre Exu et kiumba. Dans de nombreuses traditions, kiumba désigne justement un esprit perturbateur ou déséquilibré. Exu peut être amené à travailler contre son influence ou à intervenir auprès de lui.

Le fait qu’Exu puisse entrer dans les zones les plus lourdes du monde spirituel ne fait pas de lui un être des ténèbres. Cela fait partie de sa capacité de travail.

Ouvrir et fermer les chemins

On entend souvent dire qu’Exu « ouvre les chemins ». C’est exact, mais incomplet.

Celui qui ouvre peut également fermer. Celui qui permet le passage peut aussi protéger une limite.

Exu travaille ainsi avec les chemins, les choix, les portes, les passages et leurs conséquences.

La clef constitue un symbole particulièrement parlant : elle peut ouvrir une porte mais également la fermer et protéger ce qui se trouve derrière elle.

Les monnaies et le commerce apparaissent également fréquemment dans la symbolique d’Exu, en relation avec la circulation, les échanges, les négociations et le mouvement de la vie matérielle.

Exu parle aussi aux vivants

Le travail d’Exu ne se limite absolument pas à la défense ou au combat spirituel.

Lorsqu’il se manifeste pendant une gira, c’est-à-dire une session de travail spirituel, Exu peut recevoir les consultants, écouter leurs difficultés, conseiller, orienter, avertir et parfois mettre une personne directement face aux conséquences de ses propres choix.

Certains Exus parlent beaucoup. D’autres utilisent peu de mots. Certains sont très sérieux, d’autres possèdent beaucoup d’humour. Certains peuvent rire fortement ou manifester une énergie très intense.

Il n’existe cependant aucune obligation pour qu’un Exu crie, rie continuellement, marche courbé, boive abondamment ou adopte une attitude théâtrale.

Chaque entité possède sa personnalité et sa manière de travailler.

La qualité du médium, sa discipline et son développement influencent également la manière dont l’incorporation peut se manifester.

Tous les Exus ne s’incorporent pas

Tous les Exus ne travaillent pas par incorporation.

Certains travaillent directement à travers un médium pendant les sessions. D’autres accomplissent principalement leur fonction dans le plan spirituel et ne sont pas destinés à être incorporés.

Dans notre terreiro, par exemple, un Exu est spécifiquement attaché à la maison.

Sa fonction est notamment de protéger le lieu, veiller sur son espace spirituel et recevoir certaines demandes en dehors des sessions.

Cet Exu n’est pas incorporé.

Il ne doit pas non plus être confondu avec le mentor ou responsable spirituel du terreiro, qui exerce une autre fonction.

Le travail accompli par cet Exu au service de la maison participe également à son propre chemin d’évolution spirituelle.

Cela montre quelque chose d’important : les entités ne sont pas nécessairement figées pour toujours dans un même niveau ou une même fonction. Le service et les responsabilités qu’elles assument peuvent eux-mêmes participer à leur évolution.

Exu Pimenta et notre terreiro

Dans notre maison, Exu Pimenta occupe une place particulière.

Il est l’Exu principal du dirigeant de la maison et exerce une responsabilité spirituelle majeure auprès du terreiro. Lorsqu’il se manifeste, c’est notamment vers lui que les personnes peuvent se tourner pour demander une orientation ou s’adresser à la direction spirituelle de la maison.

Sa première manifestation s’est produite au moment de l’initiation de son médium. Selon certaines transmissions reçues par la suite, cette manifestation ne constituerait cependant pas le commencement de leur relation : Exu Pimenta aurait attendu ce moment pour pouvoir se manifester et commencer pleinement son travail à travers lui.

L’Exu Pimenta qui travaille aujourd’hui dans notre maison est présenté dans notre transmission comme le quatorzième du nom.

Cela ne signifie pas qu’il s’agisse quatorze fois du même esprit. Le nom Pimenta appartient ici à une continuité et à une lignée spirituelle dans laquelle différentes individualités se sont succédé.

Le premier Exu Pimenta de cette transmission appartenait à la ligne de Xangô. Les Pimentas qui lui ont succédé sont rattachés à la ligne d’Oxóssi, comme l’est celui qui travaille aujourd’hui dans notre terreiro.

Cet exemple montre également pourquoi le nom d’un Exu ne suffit pas toujours à déterminer son identité, sa ligne ou sa manière de travailler. Deux entités portant un même nom peuvent avoir des rattachements, des responsabilités et des histoires différentes.

Exu Pimenta ne doit pas être confondu avec l’Exu spécifiquement attaché à la protection de la maison. Ce dernier exerce une autre fonction et ne s’incorpore pas.

Hiérarchies, phalanges et responsabilités

Les Exus ne constituent pas un ensemble uniforme.

Selon les traditions, on parle de lignes, phalanges, peuples, légions, chefs et différents niveaux de responsabilité.

Les systèmes hiérarchiques varient fortement d’une école à l’autre. Certaines Quimbandas possèdent des organisations très détaillées en royaumes et peuples, tandis que d’autres maisons utilisent des structures différentes.

Il serait donc faux de présenter une seule hiérarchie comme universelle.

Les noms eux-mêmes doivent être compris avec prudence.

Des noms comme Tranca-Ruas, Caveira, Tiriri, Marabô ou Sete Encruzilhadas ne désignent pas nécessairement un seul esprit existant de manière unique.

Ils peuvent également désigner une phalange, une famille de travail, une fonction ou un champ d’action spirituel.

Ainsi, deux médiums travaillant avec un Exu portant le même nom ne travaillent pas nécessairement avec la même individualité spirituelle.

Leurs habitudes, leur personnalité, leurs boissons, leur manière de parler et leurs façons de travailler peuvent être différentes.

Umbanda et Quimbanda

La compréhension d’Exu change également selon le système religieux dans lequel il travaille.

Dans certaines formes d’Umbanda, les Exus sont organisés en relation avec les lignes et les forces des Orixás et participent notamment à la protection et à l’équilibre spirituel de la maison.

Dans différentes traditions de Quimbanda, Exu peut être compris de manière plus autonome, avec ses propres hiérarchies, peuples, royaumes et fondements.

Il n’existe cependant pas une seule Umbanda ni une seule Quimbanda.

Chaque maison reçoit une transmission, possède ses fondements et organise son travail selon sa propre lignée.

La Casa de Exu et la protection du terreiro

Dans de nombreux terreiros, des espaces particuliers sont consacrés aux forces de la gauche.

La Casa de Exu est un espace rituel consacré au service et aux fondements des Exus, des Pombas Giras et, selon les traditions, des Exus Mirins.

La tronqueira possède notamment une fonction de garde, de protection et de filtrage spirituel du terreiro.

Dans certaines maisons, la Casa de Exu et la tronqueira occupent deux espaces distincts.

Dans notre terreiro, pour des raisons d’espace, ces différentes fonctions sont réunies dans une même Casa de Exu.

Cela ne signifie pas que leurs fonctions soient identiques : c’est simplement l’organisation matérielle adoptée par notre maison.

L’assentamento est encore autre chose. Il s’agit d’un fondement rituel consacré et établi selon les règles initiatiques de la tradition.

Une firmeza, c’est-à-dire l’établissement rituel d’une force ou d’une protection, ne doit pas non plus être automatiquement confondue avec un assentamento.

La protection du médium avant une session

La protection du terreiro est collective, mais le médium participe également personnellement à la préparation de son travail.

Dans notre maison, avant une session, un médium peut se rendre auprès des fondements de la gauche et allumer une bougie blanche ou une bougie rouge et noire, ainsi qu’une bougie blanche destinée aux Âmes.

Ce geste accompagne la protection de son travail et sa préparation avant la session.

Le médium peut également profiter de ce moment pour confier une demande personnelle ou une situation particulière aux forces avec lesquelles il travaille.

Ce geste n’est donc pas seulement une formalité avant l’ouverture de la gira. Il fait partie de la relation entretenue entre le médium, les forces spirituelles qui l’accompagnent et le travail qu’il s’apprête à accomplir.

Padê et éléments de travail

Le travail d’Exu peut faire appel à différents éléments rituels.

Le padê est une préparation rituelle, souvent réalisée à partir d’une farine à laquelle différents éléments peuvent être associés selon la tradition, l’entité et le but du travail.

Il n’existe pas une recette unique et universelle du padê.

Les boissons, le tabac et la fumée, les plantes, les monnaies, les clefs, les bougies et différents objets peuvent également servir de supports au travail.

Cela ne signifie pas qu’Exu vient simplement pour boire ou fumer.

La fumée peut notamment être utilisée dans certains travaux de nettoyage et de déplacement des charges. Une boisson peut être utilisée comme élément rituel sans être nécessairement consommée en quantité.

L’abus d’alcool ou de tabac ne constitue donc en rien une preuve d’authenticité d’une incorporation.

Les couleurs rouge et noir sont très fréquemment associées à Exu, mais, comme beaucoup d’éléments rituels, les couleurs peuvent varier selon l’entité, la tradition ou le travail.

Exu Mirim

Exu Mirim fait pleinement partie de la ligne de gauche et, dans notre terreiro, il appartient à la Casa de Exu aux côtés des Exus et des Pombas Giras.

Il possède néanmoins ses propres caractéristiques et ne doit surtout pas être compris comme un simple « petit Exu » ou comme une Criança devenue mauvaise.

Exu Mirim n’est pas davantage un enfant délinquant, un petit voyou ou un esprit auquel tout comportement grossier serait permis.

Cette caricature a longtemps provoqué incompréhension et rejet envers cette ligne.

Quelle est la nature d’Exu Mirim ?

Les traditions ne donnent pas toutes la même réponse.

Certaines considèrent les Exus Mirins comme des esprits adoptant une forme ou un archétype enfantin ou adolescent.

D’autres parlent d’encantados, c’est-à-dire d’êtres spirituels dont la nature n’est pas nécessairement celle d’un humain désincarné.

Certaines transmissions envisagent encore plusieurs origines possibles.

Il serait donc artificiel de vouloir imposer une seule réponse.

Ce qui importe surtout est leur fonction et la manière dont ils travaillent.

Le travail d’Exu Mirim

Exu Mirim est notamment associé au travail sur ce qui est caché : intentions dissimulées, situations difficiles à comprendre, influences difficiles à identifier ou réalités que l’on préfère parfois ne pas regarder.

Certaines traditions résument cette capacité par l’idée de « trouver et cacher » : découvrir ce qui est dissimulé tout en sachant lui-même travailler avec une grande discrétion dans le monde spirituel.

Exu Mirim peut participer au nettoyage, à la protection, à l’ouverture ou au dénouement de situations particulièrement complexes.

Sa manière d’agir peut être rapide, directe et profonde.

C’est pourquoi une parole traditionnelle dit :

« Ce qu’Exu Mirim fait, on ne le défait pas. »

Cette expression traduit la réputation de force et le caractère particulièrement déterminant de certains de ses travaux.

La manifestation d’Exu Mirim

Exu Mirim peut se manifester par incorporation, mais son activité ne se limite pas à l’incorporation.

Une part de son travail peut également s’accomplir directement dans le plan spirituel.

Sa manifestation peut être vive, mobile, curieuse, malicieuse ou particulièrement directe.

Mais l’irrespect, l’obscénité ou l’absence totale de contrôle ne doivent jamais être considérés comme des preuves de sa présence.

La discipline du médium reste essentielle.

Comme pour les autres entités, il ne faut pas fabriquer une caricature simplement parce que l’on pense savoir comment Exu Mirim devrait se comporter.

Une force qu’il ne faut ni diaboliser ni banaliser

Exu est probablement l’une des figures les plus incomprises des religions afro-brésiliennes.

Pendant longtemps, il a été transformé en démon, en bandit ou en personnage destiné à faire peur.

Mais vouloir aujourd’hui en faire simplement un personnage gentil et inoffensif serait une autre forme de déformation.

Exu travaille avec les chemins, les limites, les passages, les choix, les conséquences et les transformations.

Il protège. Il nettoie. Il ouvre et ferme. Il conseille et avertit.

Il peut entrer dans des zones astrales difficiles pour y accomplir un travail que d’autres entités n’effectuent pas nécessairement de la même manière.

Il peut également exercer une responsabilité pendant longtemps sans jamais être incorporé.

Et, comme les autres êtres spirituels engagés dans le travail, il peut lui-même poursuivre son chemin d’évolution à travers les fonctions et les responsabilités qui lui sont confiées.

Exu n’est pas le mal.

Exu n’est pas le diable.

Et Exu ne se résume pas non plus à « celui qui ouvre les chemins ».

Il est mouvement, passage, garde, communication, travail et transformation.

Laroyê Exu !
Exu é Mojubá !

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