Centre Spirite Oxóssi Caçador
CSOC ASBL Foi · Nature · Discipline · Respect
Bibliothèque du CSOC

Les Pombas Giras

Gardiennes, autonomie, protection et forces de transformation

Pomba Gira appartient au vaste champ de travail de la gauche, aux côtés des Exus, mais possède ses propres individualités, phalanges, formes de manifestation et responsabilités. Son travail dépasse largement les caricatures qui la réduisent à la séduction ou aux seules affaires amoureuses.
Les Pombas Giras

Comprendre Pomba Gira

Parler de Pomba Gira demande d’abord de dépasser plusieurs images très répandues.

Pomba Gira n’est pas simplement « Exu au féminin ». Elle n’est pas non plus une prostituée spirituelle, une séductrice chargée uniquement des affaires amoureuses ou une entité destinée à attacher une personne à une autre.

Elle appartient au vaste champ de travail de la gauche, aux côtés des Exus, mais possède ses propres individualités, phalanges, formes de manifestation et responsabilités.

Selon les traditions, les explications concernant son origine et sa nature peuvent varier. Certaines maisons la comprennent comme un esprit féminin ayant connu l’incarnation humaine ; d’autres transmissions proposent des conceptions différentes.

Il est donc plus juste de présenter ce qu’elle fait, comment elle travaille et ce qu’elle représente, plutôt que de vouloir imposer une origine unique à toutes les Pombas Giras.

Une Gardienne de la gauche

Dans de nombreuses traditions d’Umbanda et de Quimbanda, Pomba Gira exerce une véritable fonction de Gardienne.

Comme Exu, elle peut participer à la protection, au nettoyage spirituel, à l’ouverture et à la fermeture de certains chemins, au traitement d’influences négatives et à l’orientation des personnes qui viennent consulter.

Elle peut travailler dans le descarrego, c’est-à-dire le nettoyage et la décharge des fluides ou énergies négatives, défaire certaines demandas, agir dans des situations spirituellement lourdes et participer à des processus de transformation.

Certaines Pombas Giras travaillent également dans des zones astrales difficiles. Cela ne signifie pas qu’elles appartiennent aux forces qui s’y trouvent : leur fonction peut justement être d’y pénétrer pour nettoyer, protéger, rétablir un équilibre ou accomplir un travail particulier.

Il serait donc très réducteur de dire : « Exu fait les gros travaux et Pomba Gira s’occupe de l’amour. »

Leurs fonctions dépendent des capacités, spécialités, responsabilités et champs de travail de chaque entité.

Pomba Gira est elle aussi une travailleuse de la gauche.

Pomba Gira et le féminin

Pomba Gira est fortement associée à une expression du féminin libre, affirmé et autonome.

Elle apparaît souvent comme une figure qui refuse la soumission, les faux-semblants et les situations dans lesquelles une personne a perdu sa propre valeur.

Cette dimension explique son association fréquente avec la dignité, l’estime de soi, l’autonomie, la liberté de choix, le désir, la capacité à poser des limites et la reprise de sa propre direction.

Elle peut aider une personne à regarder une relation avec davantage de lucidité, à reconnaître une dépendance affective, à retrouver confiance en elle ou simplement à comprendre ce qu’elle désire réellement.

Cette force féminine ne concerne d’ailleurs pas uniquement les femmes.

Une Pomba Gira peut incorporer chez une femme comme chez un homme. Le sexe de l’entité ne détermine ni le sexe ni l’orientation sexuelle de son médium.

Sensualité ne signifie pas vulgarité

La sensualité fait partie de l’expression de nombreuses Pombas Giras.

Mais sensualité et vulgarité ne sont pas synonymes.

Une Pomba Gira peut être élégante, joyeuse, séductrice, très directe ou particulièrement démonstrative. Une autre peut être calme, réservée et parler avec beaucoup de sobriété.

Il ne faut donc pas fabriquer une Pomba Gira à partir d’un personnage préconçu.

Elle n’est pas obligée de rire constamment, de parler fort, d’adopter des gestes provocateurs ou de se comporter d’une manière théâtrale.

Chaque Pomba Gira possède sa manière de se manifester.

La danse et le tournoiement

Lorsqu’elles incorporent, beaucoup de Pombas Giras aiment danser.

Certaines tournent beaucoup sur elles-mêmes, faisant virevolter leur jupe ou utilisant des mouvements circulaires très marqués. Le tournoiement peut accompagner leur arrivée, leur manière d’occuper l’espace ou certains moments de leur travail.

Ces mouvements peuvent être très beaux et très puissants.

Mais ils ne constituent pas une règle.

Toutes les Pombas Giras ne dansent pas et toutes ne tournent pas.

Certaines se manifestent avec beaucoup de mouvement ; d’autres arrivent avec calme, restent presque immobiles ou se déplacent très peu.

Une manifestation plus sobre n’est donc pas moins authentique.

Comme pour les autres entités, l’incorporation passe également par le médium : son corps, son développement, son expérience et ses possibilités influencent la manière dont l’entité peut s’exprimer.

La gargalhada : le rire de Pomba Gira

Certaines Pombas Giras sont également connues pour leur gargalhada, leur grand rire.

Ce rire peut annoncer leur arrivée, exprimer leur présence, leur assurance ou leur liberté.

Dans certaines traditions, il peut aussi accompagner un travail de rupture ou de dispersion de certaines énergies.

Mais, là encore, il ne faut pas transformer un élément fréquent en obligation.

Une Pomba Gira peut rire fortement. Une autre peut rarement rire. L’une comme l’autre peut accomplir son travail.

Pomba Gira n’est pas « l’esprit d’une prostituée »

Il s’agit probablement de la caricature la plus persistante.

Certaines Pombas Giras peuvent, selon les récits transmis à leur sujet, avoir connu au cours d’une incarnation la prostitution ou différentes formes de marginalisation.

Mais cela ne permet absolument pas d’affirmer que toutes les Pombas Giras furent autrefois des prostituées.

Les traditions leur attribuent des histoires extrêmement différentes : femmes riches ou pauvres, travailleuses, commerçantes, femmes mariées, femmes indépendantes, femmes marginalisées et parfois professionnelles du sexe.

Ces récits ne constituent d’ailleurs pas toujours des biographies historiques. Ils appartiennent souvent à la tradition orale et peuvent varier considérablement.

Ce qui importe dans le travail religieux n’est donc pas de rechercher ce qu’une entité aurait éventuellement été dans une ancienne existence.

Ce qui importe est ce qu’elle est devenue, les responsabilités qu’elle assume et le travail qu’elle accomplit aujourd’hui.

Elle ne travaille pas uniquement dans les affaires d’amour

Pomba Gira possède une relation importante avec les sentiments, le désir, les relations humaines et la vie affective.

Elle peut conseiller lors de situations de couple, de séparation, de trahison, de dépendance affective ou de perte de confiance en soi.

Mais son champ de travail est beaucoup plus vaste.

Selon les entités et les phalanges, elle peut travailler dans la protection, la justice, le nettoyage spirituel, l’ouverture des chemins, la résolution de conflits, la défense, la transformation et la restauration de l’autonomie personnelle.

Certaines interviennent dans des situations d’injustice. D’autres travaillent davantage dans les relations. D’autres encore sont particulièrement liées aux Almas, aux chemins, aux carrefours ou aux zones astrales plus difficiles.

Pomba Gira touche donc aux relations humaines, mais également à quelque chose de plus profond :

la manière dont une personne occupe sa propre place dans sa vie.

Amour, désir et libre arbitre

Parce que Pomba Gira est très présente dans les questions affectives, on lui attribue souvent des travaux destinés à « faire revenir » une personne ou à la maintenir dans une relation.

Cette vision est extrêmement réductrice.

Le travail d’une Pomba Gira peut au contraire aider quelqu’un à sortir d’une relation destructrice, comprendre une dépendance, retrouver sa dignité ou reprendre sa liberté de décision.

Elle peut également intervenir dans certaines situations où une personne se trouve spirituellement ou émotionnellement enfermée.

Pomba Gira ne devrait donc pas être comprise comme un moyen de posséder une autre personne.

Aimer, désirer, choisir, savoir rester, savoir partir et accepter les conséquences de ses choix font partie de la complexité des relations humaines.

C’est précisément dans cette complexité que beaucoup de Pombas Giras travaillent.

Noms, phalanges et individualités

Comme chez les Exus, les noms de Pombas Giras ne désignent pas nécessairement une seule individualité spirituelle présente partout.

Un nom peut désigner une phalange, une famille de travail, une fonction, un champ d’action ou une identité rituelle.

Ainsi, plusieurs entités peuvent travailler sous le nom de Maria Padilha, de Maria Mulambo ou de Sete Saias sans être la même individualité spirituelle.

Le nom peut ensuite être complété pour indiquer un champ de travail : da Encruzilhada, das Almas, da Estrada, da Calunga, do Cruzeiro, etc.

Cela explique pourquoi deux Pombas Giras portant le même nom peuvent avoir des personnalités, des habitudes, des boissons ou des manières de travailler différentes.

Parmi les noms largement rencontrés figurent notamment Maria Padilha, Maria Mulambo, Maria Quitéria, Sete Saias, Rosa Caveira, Rosa Negra, Dama da Noite et Maria Caveira, ainsi que différentes Rainhas et différentes Pombas Giras liées aux Encruzilhadas, aux Almas ou à d’autres champs de travail.

Maria Padilha

Maria Padilha est probablement l’un des noms les plus connus.

De nombreuses légendes circulent à son sujet. Certaines rapprochent son nom de Maria de Padilla, femme historique liée à la cour de Castille au XIVe siècle.

Mais la Pomba Gira Maria Padilha ne peut pas être simplement identifiée à cette unique femme historique.

Il existe de nombreuses phalanges : Maria Padilha das Almas, da Encruzilhada, do Cruzeiro, da Estrada, do Cabaré, entre autres.

Ses champs de travail peuvent notamment toucher aux relations, à l’autonomie, à la justice, à la protection, aux chemins et à la neutralisation de certaines influences spirituelles.

Maria Mulambo

Maria Mulambo possède une symbolique particulièrement forte.

Le mot mulambo peut évoquer ce qui est usé, abandonné, rejeté ou réduit à l’état de haillon.

Dans plusieurs traditions, cette image devient celle d’une force capable de travailler avec ce qui a été rejeté et de participer à sa transformation.

Maria Mulambo est ainsi fréquemment associée à la reconstruction, à la dignité retrouvée, au nettoyage spirituel et à l’accompagnement des personnes traversant des périodes difficiles.

On rencontre notamment Maria Mulambo da Encruzilhada, das Almas, da Calunga, da Estrada, da Porteira et bien d’autres.

Sete Saias, Rosa Caveira, Rosa Negra et Dama da Noite

Sete Saias est souvent associée à la liberté, aux décisions, aux changements de direction et à différents domaines de la vie. Les significations attribuées aux « sept jupes » varient selon les transmissions : elles peuvent représenter plusieurs forces, mystères ou champs de travail.

Rosa Caveira porte une forte symbolique liée aux Almas, à la Calunga et aux transformations profondes. Les nombreuses histoires racontées à son sujet doivent être considérées comme des traditions et légendes plutôt que comme une biographie unique.

Rosa Negra est particulièrement associée dans certaines maisons à la justice, à la vérité, à la protection et aux transformations difficiles.

Dama da Noite est liée au mystère de la nuit, aux relations, à l’indépendance, à la protection et à certaines situations cachées ou complexes.

Ces différences montrent combien le peuple des Pombas Giras est diversifié.

Histoires et légendes

De nombreuses Pombas Giras possèdent des récits concernant leurs anciennes incarnations.

Certaines auraient été reines, courtisanes, femmes pauvres, guérisseuses, femmes persécutées ou femmes ayant vécu des relations tragiques.

Ces récits possèdent une valeur religieuse et symbolique pour les maisons qui les transmettent.

Mais ils ne doivent pas automatiquement être pris pour des faits historiques.

Pour une même Pomba Gira, plusieurs histoires peuvent circuler, précisément parce que plusieurs individualités spirituelles peuvent également travailler sous un même nom de phalange.

Relations avec les Orixás

La relation entre Pombas Giras et Orixás varie selon les traditions.

Certaines maisons organisent leurs phalanges en relation avec différentes forces d’Orixás.

D’autres leur reconnaissent une organisation plus autonome.

Une même phalange peut donc être rattachée à un Orixá dans une tradition et comprise différemment dans une autre.

Il n’existe pas une correspondance unique valable pour toutes les maisons.

La Casa de Exu

Dans notre terreiro, les Pombas Giras font partie de la Casa de Exu, aux côtés des Exus et des Exus Mirins.

Cela ne signifie pas qu’elles soient des Exus féminins.

Elles possèdent leurs propres identités et leurs propres fonctions, tout en participant au vaste champ de garde, de protection, de nettoyage et de travail spirituel associé à la gauche.

Champagne, fumée et autres éléments de travail

De nombreux éléments sont traditionnellement associés aux Pombas Giras.

Les roses, parfums, fruits, bougies, boissons et fumée sont parmi les plus fréquemment rencontrés.

Les couleurs rouge et noir sont très répandues, bien que d’autres couleurs puissent être utilisées selon la Pomba Gira, sa phalange et la tradition de la maison.

Le champagne est probablement l’une des boissons les plus connues dans leurs manifestations et leurs travaux. Beaucoup de Pombas Giras en boivent lorsqu’elles sont incorporées, même si certaines préfèrent le vin, une liqueur ou une autre boisson.

Il en va de même pour la fumée.

Beaucoup de Pombas Giras fument des cigarettes ou des cigarrilhas pendant leur travail. Certaines utilisent également d’autres formes de tabac.

Cela ne doit cependant pas être compris simplement comme un plaisir ou un vice.

Dans le cadre rituel, la boisson et la fumée peuvent devenir des instruments de travail, notamment dans certaines opérations de nettoyage, de déplacement ou de transformation énergétique.

Toutes les Pombas Giras ne boivent cependant pas du champagne et toutes ne fument pas.

Une entité qui ne le fait pas n’est pas moins Pomba Gira pour autant.

De même, la quantité consommée ne constitue jamais une preuve de qualité ou d’authenticité d’une incorporation.

Les roses rouges, parfums, fruits et différents objets associés à la féminité apparaissent également fréquemment, mais leurs usages varient selon l’entité et la maison.

Une offrande, une firmeza ou un padê ne doivent donc jamais être réduits à une recette trouvée dans un livre ou sur Internet : ils dépendent de la tradition, de l’entité et du travail demandé.

Salutation

Parmi les salutations couramment utilisées :

Laroyê Pomba Gira !
Pomba Gira Mojubá !

La salutation peut également être faite directement au nom de l’entité :

Laroyê Maria Padilha !
Maria Padilha Mojubá !

Une Gardienne qu’il faut comprendre au-delà des apparences

Pomba Gira a longtemps été enfermée dans des images très réductrices.

Pour certains, elle serait dangereuse. Pour d’autres, elle ne serait qu’une séductrice. Pour d’autres encore, elle serait uniquement l’esprit d’une prostituée ou une spécialiste des affaires amoureuses.

Aucune de ces images ne suffit.

Pomba Gira peut travailler avec l’amour et le désir, mais également avec la protection, la justice, les limites, la vérité, l’autonomie, le nettoyage spirituel, les chemins et la transformation.

Elle peut rire, danser et tourner avec sa jupe.

Elle peut boire du champagne et fumer pendant son travail.

Mais elle peut également arriver calmement, parler peu, rester presque immobile et accomplir un travail tout aussi profond.

Elle peut écouter une souffrance affective comme intervenir dans une situation spirituelle particulièrement lourde.

Elle peut aider quelqu’un à construire une relation, mais également lui faire comprendre qu’une relation doit prendre fin.

Son travail ne se trouve donc pas dans la caricature.

Derrière les roses, les jupes, le champagne, la fumée, les parfums et les rires, il y a avant tout une Gardienne qui travaille.

Laroyê Pomba Gira !
Pomba Gira Mojubá !

← Les Entités