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Les Pretos Velhos et Pretas Velhas

Sagesse des anciens, mémoire, guérison et évolution spirituelle

Parmi les grandes familles d’entités de l’Umbanda, les Pretos Velhos et Pretas Velhas occupent une place particulière.

Ils évoquent la sagesse des anciens, la patience, l’humilité, l’expérience et une profonde capacité d’écoute. Leur manière de travailler est souvent simple en apparence : une parole, une prière, une bénédiction, quelques feuilles, une pipe, une tasse de café ou simplement quelques instants de silence.

Cette simplicité ne doit pourtant jamais être confondue avec un manque de connaissance.

Les Pretos Velhos et Pretas Velhas peuvent conseiller, soigner, effectuer des passes, bénir, travailler avec les plantes, participer à des nettoyages spirituels et, dans certaines traditions, accompagner également des esprits désincarnés qui ont besoin d’être orientés.

Ils sont avant tout des anciens qui enseignent par l’expérience.

Qui sont les Pretos Velhos et Pretas Velhas ?

L’image la plus connue est celle d’un homme ou d’une femme noire âgée, au comportement calme, parfois assis sur un petit banc, parlant lentement et utilisant une pipe ou un chapelet.

Cette représentation est profondément liée à l’histoire du Brésil, à la diaspora africaine et à la mémoire de l’esclavage.

Mais il serait trop simple de définir tous les Pretos Velhos comme les esprits d’anciens esclaves.

Dans de nombreux enseignements umbandistes, Preto Velho est aussi une forme ou une ligne de travail spirituel.

Les entités qui s’y présentent peuvent avoir connu de nombreuses incarnations et différentes expériences. Certaines traditions considèrent même qu’un esprit peut adopter cette forme parce qu’elle correspond à la mission qu’il doit accomplir et à la manière dont il souhaite entrer en relation avec les incarnés.

Le Preto Velho ou la Preta Velha ne se définit donc pas uniquement par ce qu’il aurait été dans une vie passée.

Il se définit aussi par ce qu’il représente et par le travail qu’il accomplit aujourd’hui.

L’archétype de l’Ancien

Le mot Velho — ancien — possède ici une signification importante.

Il évoque l’âge, mais surtout ce que l’âge symbolise : l’expérience, la patience, la capacité à observer et la connaissance acquise au fil du temps.

C’est pourquoi on rencontre souvent les appellations Vovô et Vovó, grand-père et grand-mère.

Mais elles ne sont pas les seules.

Selon les maisons et les entités, on rencontre également Pai, Mãe, Tio ou Tia. Les traditions d’Almas e Angola rappellent notamment cette diversité d’appellations.

Ces termes expriment aussi une relation.

Le Preto Velho ne se présente pas nécessairement comme un maître distant. Il se rapproche souvent de la figure de l’ancien auquel on peut parler, auprès duquel on peut s’asseoir et demander conseil.

Mémoire de l’esclavage et ancestralité

Même si tous les Pretos Velhos et Pretas Velhas ne doivent pas être considérés comme d’anciens esclaves dans un sens strictement biographique, leur ligne porte profondément la mémoire du cativeiro, de la diaspora africaine et de plusieurs siècles de violence et de résistance.

Cette mémoire ne doit cependant pas être réduite à l’image du vieil esclave soumis.

Les populations africaines et afro-brésiliennes ont préservé, transformé et transmis leurs croyances, leurs prières, leurs chants, leurs connaissances des plantes et leurs relations avec leurs ancêtres malgré les persécutions.

L’humilité attribuée aux Pretos Velhos ne signifie donc pas la soumission.

Elle exprime plutôt une force qui n’a pas besoin de s’imposer pour exister.

Ils représentent la capacité de traverser l’épreuve, d’en tirer une connaissance et de ne pas transformer nécessairement la souffrance en haine ou en désir de vengeance.

Le 13 mai : un jour de mémoire et d’hommage

Le 13 mai est traditionnellement consacré aux Pretos Velhos et Pretas Velhas dans de nombreuses maisons d’Umbanda.

Cette date correspond au 13 mai 1888, jour de la signature de la Lei Áurea, qui abolit légalement l’esclavage au Brésil.

Cette journée ne représente pas seulement une commémoration historique.

Dans l’Umbanda, elle est devenue un moment d’hommage aux anciens, à leur mémoire, à leur résistance et aux connaissances qu’ils ont transmises.

C’est donc à la fois une fête spirituelle et un jour de mémoire.

Les Pretos Velhos, Omolu et Obaluaiê

Dans de nombreuses traditions, les Pretos Velhos et Pretas Velhas sont particulièrement associés à Omolu ou Obaluaiê.

Le lien est compréhensible : guérison, transformation, passage, ancienneté, âmes et relation avec la mort font partie des domaines souvent associés à cet Orixá.

Certaines écoles considèrent même que la grande ligne des Pretos Velhos se trouve sous la force d’Obaluaiê, tout en précisant que chaque entité peut travailler sous l’irradiation d’un autre Orixá.

Cette organisation ne constitue cependant pas une règle unique pour toute l’Umbanda.

On peut ainsi rencontrer des Pretos Velhos travaillant dans les forces d’Ogum, Oxóssi, Xangô, Oxum, Iansã, Iemanjá, Nanã, Oxalá ou d’autres Orixás.

La force dans laquelle travaille l’entité peut influencer sa manière d’agir, son tempérament et son domaine de spécialité.

Comme pour les Caboclos et Caboclas, l’entité n’est pas l’Orixá : elle travaille dans sa force.

Le lundi

Dans plusieurs traditions, le lundi est particulièrement associé aux Pretos Velhos et Pretas Velhas.

Cette correspondance est souvent mise en relation avec Omolu ou Obaluaiê et avec la Ligne des Âmes.

Dans les écoles qui suivent cette organisation, la ligne est associée au lundi tout en étant reliée à Obaluaiê.

Comme toujours, le jour consacré peut néanmoins varier selon les fondements de chaque maison.

Iorimá et la Ligne des Âmes

Certaines écoles d’Umbanda utilisent le nom Iorimá pour une ligne associée à la sagesse des anciens, aux âmes et aux Pretos Velhos.

Cette terminologie appartient notamment à certaines organisations dites des sept lignes de l’Umbanda.

Toutes les maisons ne l’utilisent pas.

Ailleurs, on parlera davantage de la Ligne des Âmes, d’Obaluaiê ou simplement de la ligne des Pretos Velhos.

Ces différences montrent une fois encore que l’Umbanda ne possède pas une seule classification universelle.

Les différents povos

Dans certaines traditions, les Pretos Velhos et Pretas Velhas sont également organisés en différents povos, lignées ou regroupements spirituels.

Les noms peuvent rappeler Angola, Congo, Luanda, Guiné, Moçambique, Nagô, Bengala, Costa et d’autres régions ou peuples.

Ces références apparaissent également dans les noms des entités : Pai Joaquim de Angola, Pai João de Luanda, Vovó Maria Conga ou d’autres appellations semblables.

Il ne faut cependant pas toujours lire ces noms comme une indication biographique exacte.

Ils peuvent exprimer une mémoire, une filiation spirituelle, une phalange ou une manière particulière de travailler.

Plusieurs entités peuvent d’ailleurs utiliser un même nom sans être nécessairement le même esprit.

Des degrés différents d’évolution

Les Pretos Velhos et Pretas Velhas ne possèdent pas tous exactement le même degré d’évolution, de connaissance ou de responsabilité.

Certains travaillent directement auprès des consultants.

D’autres peuvent coordonner des travailleurs spirituels, appartenir à des phalanges plus importantes ou exercer une fonction de guide-chef.

Leur apparence d’ancien ne signifie donc pas qu’ils seraient tous arrivés au même niveau spirituel.

Comme les autres entités, ils continuent eux aussi à travailler, apprendre et évoluer.

La sagesse est un chemin, et non un état figé.

Le conseil et l’écoute

Le conseil est probablement l’une des caractéristiques les plus connues des Pretos Velhos et Pretas Velhas.

Ils écoutent beaucoup.

Ils peuvent accueillir une personne sans la juger, l’aider à regarder autrement une difficulté ou lui montrer une responsabilité qu’elle ne voulait peut-être pas voir.

Leur parole est souvent calme.

Mais calme ne signifie pas toujours doux.

Un Preto Velho peut être extrêmement ferme lorsqu’il estime qu’une personne doit changer quelque chose dans son comportement.

Son rôle n’est pas nécessairement de donner au consultant ce qu’il demande.

Il peut aussi lui montrer ce qu’il doit comprendre.

C’est notamment pour cette capacité d’écoute et de conseil que certaines maisons les appellent affectueusement les « psychologues de l’Umbanda ».

L’aide ne remplace pas la responsabilité

Le Preto Velho n’est pas là pour vivre la vie du consultant à sa place.

Il peut prier, nettoyer, conseiller, bénir ou montrer un chemin.

Mais la personne conserve son libre arbitre.

Une difficulté spirituelle peut parfois être retirée ou apaisée ; cela ne dispense pas pour autant celui qui reçoit l’aide de modifier ce qui doit l’être dans sa propre vie.

C’est l’une des grandes leçons associées à cette ligne :

aider quelqu’un ne consiste pas toujours à enlever tous les obstacles devant lui. Cela peut aussi consister à lui apprendre à mieux marcher.

La simplicité du travail

Les Pretos Velhos et Pretas Velhas sont souvent caractérisés par une grande simplicité dans leur manière de travailler.

Une prière peut suffire.

Une bénédiction.

Quelques feuilles.

Un passe.

Une parole.

Dans certaines conceptions, cette simplicité vient précisément de l’expérience : celui qui maîtrise profondément son travail n’a pas nécessairement besoin de multiplier les gestes pour être efficace.

Ils peuvent travailler avec les rezas, benzimentos, prières, passes, bains, plantes et défumations.

Les plantes

La connaissance des plantes occupe une place importante chez beaucoup de Pretos Velhos et Pretas Velhas.

Les herbes peuvent être utilisées dans les bains, les bénédictions, les fumigations, les passes ou les nettoyages.

Il n’existe cependant pas une liste universelle de « plantes de Preto Velho ».

Une entité peut demander une plante particulière selon le travail qu’elle souhaite accomplir, et les traditions elles-mêmes utilisent des associations différentes.

Le principe essentiel est que la plante est comprise comme appartenant aux forces vivantes de la nature et peut devenir un instrument du travail spirituel.

Le café, la pipe et les boissons

Le café noir est sans doute l’un des éléments les plus connus associés aux Pretos Velhos.

Certains utilisent également du vin, parfois du vin doux ou du moscatel suivant les traditions.

La pipe ou la cigarette de paille peut aussi accompagner leur travail.

La fumée peut alors être employée dans les nettoyages et les défumations.

Mais aucun de ces éléments ne doit devenir une caricature.

Tous les Pretos Velhos ne fument pas.

Tous ne boivent pas de café ou de vin.

L’entité ne se définit pas par ses accessoires.

Leur apparence

Les Pretos Velhos et Pretas Velhas se présentent généralement avec une grande simplicité.

Ils sont très souvent associés à des vêtements blancs, parfois accompagnés de noir ou de tissus à carreaux selon les traditions.

Certains Pretos Velhos peuvent porter un chapeau, notamment un chapeau de paille.

On peut également rencontrer la bengala, la canne ou le bâton.

Les Pretas Velhas peuvent parfois porter un foulard sur la tête ou des vêtements amples.

Le rosário, le crucifix, la pipe, le petit banc et la canne font également partie de l’univers symbolique de cette ligne dans de nombreuses maisons.

Il est aussi fréquent, dans certaines maisons, de voir une bougie blanche allumée à proximité du Preto Velho ou de la Preta Velha pendant son travail. Elle peut accompagner le travail rituel et servir notamment à allumer ou rallumer la pipe. Comme les autres éléments associés à cette ligne, cette pratique n’est pas systématique et dépend de l’entité ainsi que des fondements de la maison.

Ces éléments restent toutefois secondaires.

Un Preto Velho peut parfaitement travailler debout, sans canne, sans pipe et sans chapeau.

Leur incorporation

L’incorporation des Pretos Velhos est souvent caractérisée par une énergie plus posée et plus dense que celle de certaines autres lignes.

Le médium peut ressentir un poids dans le dos, le corps peut s’incliner vers l’avant et les pieds rester fortement ancrés au sol.

Beaucoup travaillent assis sur un petit banc.

D’autres restent debout.

Certains peuvent également effectuer de petits mouvements ou danser légèrement pendant les chants.

La posture courbée ne doit cependant pas devenir une obligation.

Chaque entité possède sa propre manière de se manifester et chaque médium développe progressivement sa relation avec elle.

L’incorporation ne doit jamais être réduite à l’imitation d’un personnage.

Les Âmes et le Cruzeiro das Almas

Dans plusieurs traditions, les Pretos Velhos et Pretas Velhas possèdent une relation profonde avec les Âmes.

Ils peuvent participer à l’apaisement, au nettoyage et à l’orientation d’esprits désincarnés.

Cette relation explique également la place du Cruzeiro das Almas et, dans certaines traditions, de la Calunga.

Dans l’Umbanda de Almas e Angola, certaines maisons possèdent même une Casa das Almas, espace rituel lié aux nettoyages spirituels et dans lequel peuvent être placés les bancs, cannes ou autres éléments associés aux Pretos Velhos de la maison.

Toutes les entités de cette ligne ne travaillent cependant pas nécessairement dans les mêmes espaces ou avec les mêmes fonctions.

Désobsession et travail avec les esprits

Certains Pretos Velhos et Pretas Velhas sont particulièrement capables de travailler auprès d’esprits encore attachés à une personne, un lieu ou une situation.

Ils peuvent participer à des travaux de désobsession, d’orientation et de nettoyage spirituel.

Les méthodes varient : prières, passes, plantes, fumée, points ou collaboration avec d’autres entités.

Dans certaines circonstances, les Pretos Velhos peuvent travailler avec les Exus.

Cette collaboration ne signifie évidemment pas qu’ils appartiennent à la même ligne.

Chaque famille conserve sa nature et son domaine de travail.

Les Pretos Velhos Quimbandeiros

Certaines traditions reconnaissent également l’existence de Pretos Velhos Quimbandeiros.

Il ne s’agit pas d’Exus.

Ce sont des Pretos Velhos auxquels sont attribuées des connaissances permettant de travailler dans des situations spirituelles particulièrement lourdes, notamment lors de certains travaux de protection, de désobsession ou de déconstruction d’influences nuisibles.

Ils peuvent ainsi travailler aux côtés d’Exus sans devenir eux-mêmes des Exus.

Cette appellation n’est cependant pas utilisée dans toutes les Umbandas et doit donc être comprise comme une conception propre à certaines lignées.

Une salutation qui varie selon les maisons

Comme beaucoup d’éléments de l’Umbanda, la manière de saluer les Pretos Velhos et Pretas Velhas varie selon les traditions.

Dans plusieurs maisons, on rencontre la formule :

Adorei as Almas.

Dans notre tradition, la salutation est :

Saravá Angola !

et la réponse :

Angola é meu Pai !

Cette formule exprime particulièrement la présence de la mémoire et de la force d’Angola dans notre transmission.

Aucune de ces salutations ne doit être considérée comme la seule manière correcte pour l’ensemble de l’Umbanda.

Humilité ne signifie pas faiblesse

L’humilité est probablement l’une des qualités les plus souvent associées aux Pretos Velhos.

Mais elle doit être comprise correctement.

Une personne humble peut être extrêmement forte.

Une entité peut parler doucement et refuser catégoriquement une demande.

Elle peut comprendre quelqu’un sans approuver ses actes.

Elle peut pardonner sans enseigner la passivité.

La sagesse des Pretos Velhos et Pretas Velhas se trouve souvent précisément dans cette association entre patience et fermeté, compassion et responsabilité, simplicité et connaissance.

De celui qui demande de l’aide à celui qui aide

Beaucoup de personnes arrivent dans un terreiro parce qu’elles rencontrent un problème.

Elles cherchent une solution à une difficulté familiale, matérielle, émotionnelle ou spirituelle.

Le Preto Velho peut les aider.

Mais son travail peut produire quelque chose de plus profond.

Avec le temps, celui qui était venu uniquement demander de l’aide peut commencer à comprendre le sens du travail spirituel, développer sa propre médiumnité et finalement devenir à son tour quelqu’un qui aide les autres.

C’est peut-être l’une des plus belles images de cette ligne.

Le Preto Velho ne cherche pas seulement à résoudre un problème.

Il cherche aussi à favoriser l’évolution de celui qui se trouve devant lui.

La sagesse des Pretos Velhos et Pretas Velhas

Sous l’image simple de l’ancien assis avec son café, sa pipe, son chapelet, sa canne ou ses plantes se cache finalement une réalité beaucoup plus profonde.

Les Pretos Velhos et Pretas Velhas représentent une sagesse qui ne cherche pas le prestige.

Ils travaillent par l’écoute, la prière, la nature, les soins, les conseils et parfois simplement par leur présence.

Ils rappellent que l’expérience ne consiste pas à ne jamais avoir souffert.

Elle consiste aussi à apprendre ce que l’on fait de cette souffrance.

Ils enseignent à regarder ses propres erreurs, à respecter les autres, à se respecter soi-même, à ne pas attendre que le monde spirituel accomplisse tout à notre place et à continuer d’avancer.

Leur force se trouve précisément dans cette simplicité : aider sans dominer, conseiller sans imposer et transmettre sans avoir besoin de démontrer leur puissance.

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